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A ceux qui sont tombés
(21 mai 1944)
Au cœur de mes blessures
Surgit un mois de mai.
Dans ma vie calme et sûre,
La peur fut installée.
Le foyer dévasté
Et le monde écroulé,
Ce père tant aimé
Que l'on a fusillé.
Et le sang, les horreurs,
Cette innommable peur,
Il faudra une vie
Pour effacer ces cris
Garder le souvenir
Qui ne doit pas mourir
De ces hommes tombés
Pour notre liberté !
Que jamais ne revienne
La peur et les démons
De ces jours de la haine !
Nous avons pour mission
De parler de ces temps
Aux jeunes, aux enfants
En passeurs de mémoire
D'une sinistre histoire.
Pour la paix, chaque jour
Oeuvrons avec amour !
La tombe de granit
Je visitais les morts souvent en mon enfance
Plusieurs fois par semaine et surtout le dimanche,
On s'en allait fleurir la tombe, où reposait
Ce si jeune martyr de trente ans qu'on pleurait .
Devant nos yeux hagards, on l'avait vu tomber
Sous les balles nazies, en ce vingt et un mai.
Je jouais sur sa tombe et parlais doucement,
Et se mêlaient en moi la joie et les tourments.
La joie que peut sentir une enfant innocente
A jouer au soleil après cette tourmente
Qui endeuilla nos vies et brisa nos espoirs.
Et recouvrit nos cours d'un voile noir.
Car il fallut du temps pour panser nos blessures,
Jamais on n'accepta cette horrible imposture
Qui faucha tant de vies et brisa tant de cours
Portant dans nos foyers la misère et le deuil.
Il repose là-bas au petit cimetière
Dans le même caveau que son père et sa mère.
Et quand je pense à lui, je vois son regard fier
Écrasant de mépris les canailles d'Hitler.
La Petite
L'enfant terrorisée par les cris et le sang
Qui, au mur de l'église a vu tomber son père
Vous a tenu la main, à vous pauvres mourants
Dont le regard s'affole à cette heure dernière.
Elle a bravé la peur, et ,encore une fois
S'est dressé devant elle un affreux mur de pierre,
Son esprit s'y cognait, est revenu l'effroi,
Elle l'a conjuré en disant ses prières.
« Je vous salue Marie », récitait la grand-mère
Et tout au chaud du lit, la petite écoutait
Dans la nuit de tendresse où montait la prière,
Les anges murmuraient et le ciel s'entrouvrait.
Maintenant, la petite est penchée sur le lit,
Murmurant des mots doux, tout bas à la grand-mère
Des mots très apaisants, et elle lui sourit.
Voulant la rassurer, au son des ses prières.
Le ventre qui se tord en entendant ce râle,
Et les nerfs qui se nouent et qu'il faut maîtriser
Et le cour affolé, en la voyant si pâle,
Et toujours la prière en unique bouée.
Mais enfin, elle est là, notre pauvre guerrière,
Soutenue par l'amour, malgré son cour battant,
Elle ne cède pas, et lance ses prières :
Voici que le ciel s'ouvre et que l'ange descend.
Et le froid de la mort, est venu le glacer
Ce visage inconnu aux traits rigidifiés
Le mur enfin franchi : libérée de la terre
Cette âme qui s'en va vers les plus grands mystères.
La petite s'éloigne un moment de la chambre,
Et son sang coule chaud, mais son âme est figée,
Le jour va se lever, et elle va entendre
De nouveau ,cette voix qui lui dit : « Plus jamais ! »
La guerre
Vous avez sali notre enfance et foudroyé nos plus beaux jours
Et violenté notre innocence, compromis nos chances d'amour,
Aveugle horde meurtrière, soldatesque à sinistre croix
Qui pend, qui fusille et inflige aux innocents l'ignoble loi.
Vous avez jeté sur nos rêves d'enfants heureux, d'enfants aimés,
Le voile hideux de l'angoisse, endeuillant nos vies à jamais.
On croit que les enfants oublient, leurs yeux redeviennent limpides.
On ignore que reste en eux la peur, la honte et l'indicible.
Nous retrouvons, hélas encore, la même peur, les mêmes yeux
D'enfants terrorisés : la guerre se déroule sous d'autres cieux.
Dans d'autres pays, le sang coule, les armes tuent, l'enfance meurt
La soldatesque meurtrière porte son ouvre de malheur!
On parle des horreurs du lointain Moyen-age
Où des hordes d'enfants parcouraient les chemins
Volant, pillant, tuant même sur leur passage
Pour un peu de chaleur ou quelque bout de pain.
Mais que l'on se retrouve encore, en nos années,
Avec des dirigeants, des tyrans, des damnés
Qui se servent d'enfants pour les embrigader
Les poussant au combat, les forçant à tuer!
C'est pour nous, orphelins de guerre, une douleur
Une brûlante plaie qui déchire nos cours,
De voir que sont tombés en vain tous nos martyrs,
Et qu'en ce monde fou l'horreur ne veut partir!
Le Destin
Je me souviens de tout !
C'est le vingt-et- un mai
que nous sommes allés au devant du Destin.
« Restez-donc avec nous »,
suppliait ma grand-mère
Mais il fallait rentrer
pour nourrir quelques bêtes
et mon père avait pris le chemin du retour.
A l'entrée du village,
une femme inquiète
tenta de nous stopper :
« Restez-donc avec nous,
il paraît qu'au village
des bandes de SS viennent de débarquer ! »
Mais la main du Destin
repoussa l'inquiétude
Le piège était tendu
nous y sommes entrés.
Roulement de tambour,
Nous voilà rassemblés
Par des soldats brutaux
qui frappent dans le nombre.
L'horreur est annoncée
Par la tête de mort, sur tous les uniformes
Le Destin impavide nous contemple dans l'ombre.
Les fusils sont braqués
sur la foule immobile,
trois femmes sont pendues
devant nos yeux hagards.
Le Destin est muet lorsque la nuit survient
et que sonnent neuf heures.
Cinq hommes vont tomber
sans un cri, sans un mot
Puis cinq martyrs de plus
s'avancent, jeunes , beaux,
poussés à coups de crosse
et affrontent la mort.
Le Destin a frappé, le crime est consommé
La foule est dispersée,
les cadavres jetés en la fosse commune
où ils vont demeurer cinq jours sans sépulture.
La nuit s'est embrasée aux bombes incendiaires
des bourreaux ,des pillards, sous les yeux du Destin
Ce village martyr s'appelait Frayssinet-le Gélat
A la mémoire de mon père, Élisée Musqui
fusillé le 21 mai 1944 à l'âge de 29 ans .
Que jamais l'on n'oublie que les guerres sont vaines
Et que les innocents, victimes de la haine
Ne doivent plus souffrir par la main de bourreaux
Qui endeuillent la Terre en ouvrant les tombeaux
L'oiseau n'a pas chanté
Au pied de la statue elle vomit sa peur,
L'archange St Michel lui a fermé son cœur,
Il brandit son épée, ignore les prières,
Au mur gris de l'église, on fusille son père!
Elle n'a que cinq ans, mais elle a tout compris,
Elle sait que le ciel, son soleil et ses pluies
Ne lui parleront plus de la même manière,
Son âme est crucifiée aux horreurs de la guerre.
Le village a brûlé, des femmes sont pendues,
L'Archange continue à contempler les nues,
La colombe s'envole et la Terreur s'avance
Livide, ensanglantée, affreuse de silence.
Les hommes abattus qui n'ont pas de cercueil,
Qu'on jette dans un trou, leurs yeux couverts de terre,
Et les armes brandies condamnent les prières,
Les cierges et les pleurs et le drap du linceul.
Son cœur s'ensevelit dans les bras de son père
Qu'elle pleure tout bas sans oser l'appeler.
Le voile du malheur lui cache la lumière:
En ce printemps de mort, l'oiseau n'a pas chanté!
Je voudrais que ce que j'ai vécu à l'âge de 5 ans et qui a marqué à jamais mon existence ne puisse se reproduire, la guerre, toutes les guerres, sont scélérates, ignobles , inacceptables! Nous devons , par tous les moyens, oeuvrer pour la paix dans le
monde !
Liberté
O Liberté, je t'ai cherchée
Dans mon enfance foudroyée
Par la guerre et tous ses tourments
Qui ont fêlé mon cour d'enfant.
Où étais-tu, toi, Liberté,
Quand ils les ont fait s'aligner
Contre ce triste mur de pierre
Où ils ont fusillé mon père ?
Plus que jamais, de par le monde
On voit que se creusent des tombes
Pour t'étouffer, pour t'enterrer
Oh, malheureuse Liberté.
Pour toi, se préparent des chaînes,
On te salit de mots de haine
Et ta robe blanche est souillée
Quand on voit des enfants tomber.
Et les crachats sur ton visage
Quand on s'acharne, à tous les âges,
Sur les faibles, les innocents,
Et que coulent des bains de sang.
Liberté, on te dissimule
Sous de grands voiles très épais :
La civilisation recule
Dès que ta bouche est bâillonnée.
Et c'est pourquoi, toute la vie
On doit veiller, on doit s'unir
Pour te garder, te protéger,
O, si fragile Liberté !
Fol Espoir
Ils ont jeté l'Espoir dans les fours crématoires
Laissant naître l'horreur dans les yeux des vivants
Ils ont noyé l'Espoir tout au fond des baignoires
De la rue Lauriston éclaboussée de sang.
Une voix a vibré pour rappeler l'Espoir
Dans le cour de tous ceux qui travaillaient dans l'ombre
Alors de grands brasiers s'allumaient dans le noir
Pour guider les renforts parachutés en nombre.
Sur les remparts brûlés de Dubrovnik en pleurs
L'Espoir a chancelé, s'est noyé dans les eaux
Et la guerre a porté jusqu'à Sarajevo
Les longs gémissements et les cris de douleurs.
L'Espoir s'est englouti sous les flots du pétrole
Du Congo-Brazzaville aux mains des profiteurs
Et pour quelques billets, on soudoie, on enrôle
Des jeunes, affamés, pour tirer sur les leurs.
Les diamants d'Angola brillent de tous leurs feux
Mais les yeux des enfants déplacés dans les camps
Contemplent -ils l'Espoir, avec leur ventre creux
Et l'ombre de la mort dans leur regard brûlant ?
L'Inde, l'Afghanistan, l'Irak , la Palestine,
Torturés par la guerre et ses ignominies
Innocents bafoués, querelles intestines
ESPOIR assassiné sous mille vilenies
Brille pourtant l'Espoir aux yeux des gens de bien
Qui oeuvrent pour la Paix sur la machine ronde
Réunis par un but et un même destin
Pacte du fol ESPOIR porté au cour du monde
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