Christian Cally


 

 

 

 

 

Mon Vide Coffre-fort


Mon coffre-fort est vide, où sont les capitaux,
Que j’avais hérité le jour de ma naissance ?
Je les ai gaspillé dans mon adolescence,
Et rien ne reste plus de mes dons postnataux.

Tel un clown, sans penser, dansant sur les tréteaux,
J’ai laissé ma richesse au seuil de la jouissance.
Et comme la cigale au temps de repentance,
Je ne peux plus chanter du haut des chapiteaux.

Il faut savoir stocker pendant notre jeunesse,
Nos acquis qui seront la source de richesse 
Dans notre coffre-fort pour jouir nos hivers.

Mon vide coffre-fort m’attriste et m’exaspère,
Je regrette d’avoir gaspillé mes hier,
Rien ne me reste plus qu’une pilule amère.

1 Août 2006





 

Mon Immortalité
Justin, Julian & Adam

J’ai trois petits enfants, mon immortalité,
Je veux les voir grandir dans un monde paisible,
Pour qu’ils puissent jouir d’un parcours moins pénible,
Que celui de nos jours, plein de précarité. 

Je veux qu’ils soient mes hoirs et ma postérité,
Je crains pour leur futur, cruel, imprévisible,
Sauront-ils maintenir leur vie incorruptible,
Et garder leur honneur et leur humanité ?

Je ne serai plus là pendant leur long voyage,
Pour assister au cours de leur apprentissage ;
Ils auront leur parents pour inspiration.

J’espère que mon âme, au delà de la vie,
Viendra, de temps en temps, en visitation,
Aux heures du sommeil, leur tenir compagnie.

27 Juillet 2006





 

 

 

Optimisme

Les rêves d’un vieillard doivent être optimistes,
Car il veut ressentir les rayons du soleil
Le matin, dans son lit, au moment du réveil,
Sachant que ses demains sont, peut-être, utopistes.

Mais ces espoirs pourtant resteront fatalistes,
Il sait bien que la fin le guette en son sommeil,
Que la vieille camarde éteindra son soleil,
Pour le faire reluire à de nouveaux touristes.

Il calcule un à un le cours de ses demains,
Il acclame les cieux et tous ses médecins,
Pour l’avoir imprégné d’espoir et d’optimisme.

Il va continuer de faire un grand effort,
Pour ne pas succomber au triste défaitisme,
Qui l’a presque conduit au perron de la mort.


25 Juillet 2006





 

 


Heure Magique

Minuit c’est l’heure de magie,
Qui nous projette vers demain,
Et qui nous ouvre le chemin
D’un autre jour, d’une autre vie.

La page d’hier est notre amie,
Elle ouvre un tout nouveau destin,
D’un futur jour très incertain,
A la lueur d’une bougie.

La montre égraine tous les jours
L’épuisement de nos parcours,
Nous propulsant vers l’immuable.

Le sablier, chaque minuit
Poursuit sa course interminable,
Vers notre fin, sans aucun bruit.

22 Juin 2006







Chagrin

Elle est si belle et si coquette
Ses grosses lèvres de carmin
Se yeux perçant de bleu marin
Et sa divine silhouette.

Réveillent l’âme du poète,
Malgré mon âge et mon chagrin,
Mon libido de libertin,
Me fait sonner ma clarinette !

Hélas ce n’est qu’un souvenir,
Un bref réveil d’un vieux désir,
Pour donner l’air qu’on est en vie.

Adieu jeunesse, adieu mamours,
Je suis si plein de nostalgie,
Pour les plaisirs de mes vieux jours !

23 Juin 206





 

 




A mon lointain Ami Robert Lauret

Bonjour mon vieil ami, accepte cette idylle,
Car tu franchis le seuil d’un grand événement,
Ce tout nouveau chemin est le rayonnement
D’un séjour qui n’a pas, toujours, été facile.

C’est un autre jalon, qui dessine ta voie,
Vers d’autres horizons, plus nombreux et plus beaux,
Et nous te souhaitons, de merveilleux flambeaux,
T’illuminant ta route, avec bonheur et joie.

Pour les petits bobos que l’âge nous impose,
Il faut les accepter philosophiquement,
Les ranger un à un, très méthodiquement,
Et puis, les asperger, avec de l’eau de rose.

Chaque âge a ses plaisirs, et ses points de repère ;
Bénissons ces instants, quand nos petits enfants,
Nous entourent de leurs sourires captivants,
Qui nous font ressentir, heureux d’être grand-père.

Mon cher lointain ami, ce poème, j’espère,
Enjambera les mers, qui séparent nos jours, 
Pour t’envoyer nos voeux, pour tes prochains parcours,
Et te dire à nouveau, « Joyeux Anniversaire. »

15 Avril 2006






Pardon !

Je reviens chaque soir sous ta fenêtre ouverte,
Te chanter de doux mots pleins d’ardeur et d’amour,
Je reste ton amant, ton humble troubadour,
Mais ton constant dédain toujours me déconcerte.

Je suis plein de regrets et lamente ta perte,
Avec les larmes aux yeux j’espère ton retour,
Reprenons le chemin de notre vieux séjour ;
Sans toi mon existence est aride et déserte.

J’ai péché contre toi, j’ai choisi Lucifer,
Qui m’a ensorcelé, m’envoyant en enfer,
Seul un regard de toi pourra sauver mon âme.

Accepte de sortir sur ton petit balcon,
Pour regarder le pleurs de cet amant infâme,
Qui revient à genoux te demander pardon.

17 Avril 2006


 

 

 

Mon Sac de Souvenirs

J’ai mis dans un grand sac rêves et souvenirs,
Pour pouvoir rappeler leurs charmes, à ma guise,
Ils sont toujours présents, à ma grande surprise,
Pour me faire entrevoir mes prochains avenirs.

Je retourne au passé pour sentir les plaisirs, 
Que je sort fréquemment du fond de ma valise,
Souvent ma remembrance est un peu imprécise,
Pour raviver l’ardeur de mes dormants désirs.

Mais j’aime farfouiller cette vieille mémoire,
Pour pouvoir rattraper tous mes beaux jours de gloire,
Qui m’ont fait traverser beaucoup de longs chemins.

Aujourd’hui je n’ai plus que ma lourde besace,
Qui m’accompagnera vers tous mes lendemains,
Pour me faire endurer ma vieille carapace.

7 Mars 2006

 

 





Stérilité

Entouré d’un simoun dans un désert aride,
J’erre sans aucun but, sans inspiration,
Les mots ne viennent plus, mon escarcelle est vide,
Je me sens condamné à la prostration ;
Le verbe s’est séché sous ce soleil torride.

Je ne sais plus comment écrire des poèmes,
Pour exprimer ma peine et même mon plaisir,
Je ne fais qu’accoucher toujours les mêmes thèmes,
Et je sens que mon oeuvre est en train de moisir ;
Ce manque de verdeur me cause des problèmes.

Je suis à bout de souffle englouti par le sable,
Qui prive mon cerveau de créativité
Cette stérilité devient insupportable,
Mon âme poétique est dans l’obscurité
Car sans un lumignon, ma muse est introuvable.

Je veux prendre ma plume et me mettre à l’ouvrage,
Pour ralentir un peu le cours du sablier,
Seule une amère larme entache cette page,
Car les ans sont venus vider mon encrier ;
Je suis dans le vortex d’un turbulent orage.

Les mots, les mots, les mots que j’aime tant écrire,
Ont déserté, en vrac, mon infertile esprit,
Je veux encore ouïr le son de cette lyre,
Qui venait chaque soir bercer mon manuscrit,
Pour envahir mon cœur d’un capiteux délire.

Tous mes jours productifs sont un lointain mirage,
Car l’aride désert vient de les étouffer,
Je crois avoir atteint la fin de mon voyage,
Mais pourrais-je exister sans plus philosopher,
Ne laissant qu’un sanglot sur cette blanche page ?

2 Mars 2006


 

 


Eh bien... voilà !

Je suis rendu probablement et pour la première fois de ma vie,
la personne que j'ai toujours voulue être.
Oh ! Je ne parle pas de mon corps !
Certains jours, je suis désespéré quand je me regarde dans le miroir ! 
Mes rides, mes poches sous les yeux, mon bedon qui semble grossir à
chaque année !
Mais, je me reprends rapidement et pas question que j'agonise en
larmes devant le miroir.
Parce que ce que j'ai aujourd'hui... des amis fantastiques, une vie paisible et heureuse, ma famille, de merveilleux souvenirs, je ne l'échangerais jamais pour quelques cheveux gris en moins ou une bedaine plate plate...
Plus j'avance en âge, plus je deviens mon meilleur ami et ce qui est le fun, c'est que... cet ami ne me contredit à peu près jamais.
Je ne m'en fais plus pour un petit biscuit mangé en trop, pour ne pas avoir fait mon lit ou pour avoir acheté une "patente inutile" dont je ne me servirai probablement jamais.
Je me permets de manger un petit trop à l'occasion et de faire 
ce qui me plaît quand ça me plaît !
J'ai trop connu de mes amis très chers qui sont partis avant d'avoir
compris la grande liberté que nous apporte le grand âge.
Ça regarde qui si je décide de lire ou de jouer sur mon ordinateur
jusqu'à 4h00 du matin et de dormir jusqu'à midi ?
Oui... je vais danser tout seul dans mon appartement sur une musique des années '60 en me remémorant une belle histoire d'amour.
Oui... je vais me promener sur la plage dans mon maillot qui ne cache
pas mon bedon et je vais nager dans les vagues même si les beaux
bikinis me regardent avec une petite pointe de sarcasme.
Eux autres aussi, vont vieillir un jour...
C'est vrai que des fois, je suis un peu étourdi !
J'ai tendance à oublier les mauvais souvenirs et ne penser qu'aux meilleurs.
Parce qu'il y en a des moins beaux...
Au cours des ans, j'ai eu le cœur brisé plusieurs fois.
Mais comment ne pas avoir le cœur brisé quand tu perds un être cher ou qu'un de tes enfants souffre ou encore que ton petit chien se fait frapper par une auto ?
Mais avoir mal... m'a donné la force d'être plus compatissant et
plus humain avec les autres.
Je me sens tellement privilégié d'avoir vécu jusqu'à maintenant,
d'avoir mes cheveux grisonnants même si mes fous rires me creusent
des nouveaux sillons dans la face à chaque fois.
Il y en a tellement qui n'ont jamais ri dans leur vie et qui sont morts avant que leurs cheveux grisonnent.
Aujourd'hui...
J'ai le privilège de pouvoir dire OUI !
Et de celui de pouvoir dire NON !
En vieillissant, ça devient facile d'être positif. Il suffit de décider de ton bonheur à l'avance. Chaque matin, je peux passer la journée au lit en comptant les difficultés que j'ai avec les parties de mon corps qui ne fonctionnent plus comme avant ou de me lever et de remercier le ciel pour celles qui fonctionnent encore.
Je ne m'occupe plus de ce que les autres pensent. 
Je ne me questionne plus sur moi-même.
J'ai même appris que le mauvais pouvait à l'occasion être bon.
Alors, pour répondre à ta question... je suis rendu que j'aime ça être vieux.
Je ne vivrai pas éternellement mais comme je suis encore là, je ne perdrai certainement pas mon temps à me lamenter ou m'inquiéter de quelque chose que je peux pas changer anyway !
La vieillesse est un compte de banque. Tu retires ce que tu as amassé.
Donc, mon conseil pour toi serait de déposer beaucoup de bonheur dans ton compte de banque de souvenirs.
Et pour être heureux, il suffit de 5 règles :
1. Libère ton cœur de la haine.
2. Libère ta tête des soucis.
3. Vis simplement.
4. Donne plus.
5. Attends-toi à recevoir moins.
Je considère mon grand âge comme un cadeau !

 

 

 

 



Vieillir

Je me sens très heureux d’arriver à mon âge,
Et de cahin-caha, jouir mon hivernage,
Je me vois bien assis parmi les grands-papas,
Et je laisse tomber ceux qui ne m’aiment pas
Car je n’ai plus besoin d’un constant entourage.

Lorsque chaque matin je regarde l’image,
Que le miroir me rend de mon très vieux visage,
Je la regarde fier, sans aucun embarras,
Car ce visage exprime un parcours sans tracas,
Les rides et les creux ont fait un bel ouvrage.

Je retrace souvent les jours de mon voyage,
Ces jours qui m’ont donné ce long pèlerinage,
Avec beaucoup de joie et peu de branle-bas,
Qu’a mon âge me font pousser de grands hourras,
Pour espérer d’avoir un doux atterrissage.

Sur des sables mouvants, j’ai suivi le mirage,
La course fut ardue et je lui rends hommage,
Pour m’avoir dirigé vers mon but pas à pas,
A travers le désert, la neige et le verglas ,
Et par surcroît m’a fait le cadeau de mon âge.

 

 

 

 

 

 

L’Hiver Tire à sa Fin...

L’hiver tire à sa fin, annonçant le beau temps,
Qui viendra refleurir nos jardins du printemps,
Et faire retourner les belles hirondelles,
Qui referont leurs nids, sous nos toits, à tir d’ailes.

Sortant de leurs cocons, de nombreux papillons
Irons de fleur en fleur, avec leurs aiguillons
Déguster les nectars, et leurs fragrants délices,
Tout en fertilisant les bourgeonnant calices.

Les abeilles aussi sonneront le réveil,
Pour sortir butiner sous un brillant soleil,
Les oiseaux reviendront répandre leur ramage,
Et peindre la nature avec leur beau plumage.

Les villes et les champs secoueront leur torpeur,
Les volets s’ouvriront pour laisser la chaleur,
Remettre un peu de joie a ces froids domiciles,
Qui veulent voir la fin de ces jours difficiles.

On oubliera bientôt les rigueurs de l’hiver,
Et l’on projettera nos esprits vers la mer,
On ira visiter les agents de voyage,
Prendre des dépliants de leur lieux d’estivage.

L’hémisphère du nord offrira des muguets,
Pour célébrer la fin de l’hiver, sans regrets ; 
On espère oublier ces très froides périodes, 
Et renvoyer l’hiver neiger les antipodes. 

19 Février 2006






Le Triste Métronome

J’entends le son lointain d’un clocher qui résonne,
Il annonce au village, avec son carillon,
Qu’un autre jour se love aux bras de l’horizon,
Pour livrer à la nuit sa lunaire couronne.

Sur le velours du ciel la lune confectionne
Un grand feu d’artifice au fond de l’horizon,
C’est l’heure ou tout le monde arrive à la maison ;
Le son de l’Angélus n’invite plus personne !

Le village s’endort, chacun selon ses us,
A l’aube le clocher appelle à l’Angélus ;
Le carillon n’est plus qu’un triste métronome.

On fait la sourde oreille aux sanglots du clocher.
Mais bientôt l’aube vient pour mettre fin au somme,
C’est tout un nouveau jour, il faut se dépêcher.

11 Février 2006


 





Douces Cicatrices

Elle était là couchée au pied du châtaignier,
Se cheveux blonds couvraient sa face rondelette,
Ses exquis seins pointus vrillaient sa chemisette,
Pour offrir haletant leur festin printanier.

Le soupçon d’un sourire effleurait tout entier
Ce tout petit minois de la belle nymphette,
Qui très probablement rêvait de l’amourette,
Et la virilité de son beau cavalier.

Je m’assis sur un banc pour admirer ses charmes,
Et soudain mes vieux yeux se remplirent de larmes
En pensant aux beaux jours quand j’étais papillon,

Allant de fleur en fleur butinant leurs calices,
Hélas, le temps les pris dans un grand tourbillon,
Qui laisse dans mon cœur de douces cicatrices.

3 Février 2006

 



 

Grincheux !

Pourquoi dois-je toujours parler de ma jeunesse,
Pour supporter les maux de ma longue vieillesse,
Qui viennent m’accabler un peu plus chaque jour,
Pour me faire accoucher ces vers de noir humour,
Et me donner l’aspect d’un vieux grincheux, sans cesse ?

Matin, midi et soir, j’avale des pilules,
Ce qui me fait piquer des rages ridicules,
Je ne veux pas passer le reste de mes jours,
A me sentir astreint a de constants secours ;
Finir ma vie ainsi, me donne des scrupules.

Je ne me plains jamais, mais j’exprime ma peine,
De ne pouvoir rien faire et d’être hors d’haleine,
Malgré tous mes bobos, je suis reconnaissant,
Pour ma longévité, car mon corps vieillissant,
Garde encor, pour l’instant, sa jugeote sereine.

Je vous demande, amis, de comprendre ma rage,
Car je suis le poids mort dans notre vieux ménage,
Ma femme doit tout faire autour de la maison,
Et le dernier verdict bride ma guérison ;
Ma vie est devenue un aride mirage.

Quelquefois mes écrits penchent vers le morbide,
Je ne fais qu’exprimer mon état d’invalide,
Mais je vous offre aussi des chants sur les saisons,
Sur l’aube et le couchant, les temps des floraisons,
Et j’essaye toujours d’être honnête et candide. 

Ma femme et mes enfants sont ma grande richesse,
Ils me font supporter ma constante faiblesse,
Avec un oeil brillant je toise l’avenir,
Car pour garder l’espoir, je veux me souvenir
De ne pas oublier les jours de ma jeunesse.

31 Janvier 2006

 

 

 

Perpetuum Mobile

Lorsque l'ombre descend en étendant ses voiles,
Sur un monde qui baille et veut se reposer,
Elle répand son baume au son du vieux clocher,
Qui répond aux éclats de mille et mille étoiles .

Le soleil fatigué se fond au fond de l'onde,
Pour donner à la nuit son parcours mérité,
Le terre s'assoupit dans la tranquillité,
Tandis qu'il apparaît à l'autre bout du monde.

C'est le cycle constant du jour et de la nuit,
Qui fait couler nos jours sournoisement sans bruit,
Pour donner un futur à nos diverses races.

Le soleil nous fournit la force et la vigueur,
Les étoiles la nuit, saupoudrent de leurs traces,
Nos heures de repos d'une douce langueur.

9 Janvier 2006

 

 

 

 

 
Sécheresse

Ma plume est sèche, ami, mon encrier est vide,
Ma page est blanche, ami, mon esprit est aride,
Je cherche dans mon âme, je cherche dans mon cœur,
Je ne vois que la cendre ; où donc est cette ardeur,
Qui m'éclairait jadis d'une lueur limpide ?

Mon inspiration a délaissé ma vie,
Et je n'arrive plus à trouver la magie,
Qui brillait dans mes yeux quand je créais les mots,
Qui venaient recouvrir mes pages de leurs flots,
Et me rafraîchissaient avec leur poésie.

Ai-je tout vidangé du tréfonds de mon être,
En chantant mes amours, maudissant le salpêtre,
Qui fait verser le sang des peuples innocents,
Et me plaignant, souvent, de mes ans vieillissants,
Et du mythique espoir de me revoir renaître ?

Ma muse qui venait si souvent dans mes rêves,
Me vient de moins en moins en de visites brèves,
Et me jette, en passant, une miche de pain,
Car elle ne veut pas me voir crever de faim,
Et me trouver sans vie au bord de quelque grève.

Ainsi , mes chers amis, je ne sais plus que dire,
Je suis désespéré penché devant ma lyre,
Qui ne veut plus vibrer pour alléger mon cœur,
Qui souffre ayant perdu cette ancienne vigueur,
Qu'il avait jusqu'a hier pour cette soif d' écrire.

12 Mai 2005

 

 

 

 

 


Écrire

J'ai des démangeaisons pour le désir d'écrire,
Des poèmes sérieux et quelques vers pour rire,
Rarement je choisis le sujet de mes vers,
Ils cascadent tout seuls, avec leur air pervers.

Je ne suis que le scribe au grès de leur dictée,
Ils viennent m'assaillir comme un raz de marée,
C'est tout un tourbillon de rires, de sanglots,
Qui force mon clavier à façonner les mots.

Ils m'inspirent le ton des biais politiques,
Qui font tomber sur moi beaucoup de polémiques,
Mais ils me font écrire aussi des mots d'amour,
Et des mots pour chanter la naissance du jour.

Mais ils savent pourtant, que ma santé précaire,
Me donne des soucis, car mon mal m'exaspère,
Ils m'accablent alors de sonnets cafardeux,
En ployant mon esprit avec des vers véreux.

Les rimes et les vers, jaillissent sur les pages,
Ils donnent vie aux mots d'où naissent mes ouvrages,
Ils sont toujours présents et de jour et de nuit,
Et même quand je dors le verbe me poursuit.

Les sujets, en tandem avec mes traîtres muses,
Grouillent autour de moi, diaphanes méduses,
Elles sont le virus de mes démangeaisons,
Qui me font rédiger toutes ces oraisons.

Les mots, les mots, les mots que j'aime tant écrire,
Qui font part de mon moi, sont là quand je respire,
La rose du printemps, le brouillard de l'hiver,
La pureté de l'aube et l'odeur de l'éther.

5 Mars 2005


 

 



Cataclysme

C'est un terrible vent qui souffla cette nuit,
Il hurla se mêlant d'éclairs et de tonnerre,
Une battante pluie inonda la rivière,
Qui déborda ses bords pendant qu'elle s'enfuit.

Ce fut un cataclysme encombrant, qui détruit
Les arbres et les toits, dans sa folle colère ;
Nous craignons son humeur, car lorsqu'il vitupère
Il nous le fait savoir avec beaucoup de bruit.

Ce matin le chaos se répand dans les villes,
Les chemins sont couverts d'arbres, de projectiles,
Que le vent fait voler en courroux destructeurs.

L'hiver est revenu reprenant sa vengeance,
Sur un été tardif avec des jours trompeurs ;
L'été qui ne fut pas, tire sa révérence !

3 Février 2005


 

 

 


L'Onguent du Sort

Je me vois galopant sur un bel alezan,
À travers le désert sans harnais et sans selle,
Je fonce dans le vent qui siffle et m'ensorcelle,
Le sable blanc m'emporte au seuil de l'ouragan.

Je vois venir vers moi, vêtu d'un noir caftan,
Un cavalier féroce au dos d'une chamelle,
En s'approchant je vois la faucheuse cruelle,
Qui me perce le flanc avec son yatagan.

Mais avant d'expirer je regarde en arrière,
Et je vois arriver ma Vie et ma Carrière,
Qui pansent ma blessure avec l'onguent du sort.

Mon cauchemar s'éteint devant l'aube radieuse ;
Je tâte mon côté pour voir si je suis mort ;
Mais le sort m'a tiré des mains de la faucheuse.

10 Février 2005


 


Grèce

Ô, Grèce fille d'Athéna,
Mère de toutes nos cultures,
Ta belle flamme illumina
L'esprit de tes progénitures.

Tes philosophes et tes dieux,
Par leurs sagesses et leurs nombres,
Ont allumé les recoins sombres,
Dans les esprits de nos aïeux.

Nous admirons jusqu'a nos jours,
Tous les récits de ton histoire,
Tes sages ont chanté ta gloire,
Inspiration de nos parcours.

Tes grands penseurs comme Platon,
Et son ami le grand Socrate,
Tes médecins comme Hippocrate
Sont les aïeux de la raison.

En regardant tes monuments,
Aux belles colonnes doriques,
Tes grandes agoras publiques,
Nous sentons des frémissements.

Ô, Grèce c'est dans ton berceau
Où nous acquîmes nos sagesses,
Tes lois si pleines de richesses,
Furent notre porte-flambeau.

3 Février 2005

 

 

 

 



Une Lueur

Quand l’ombre de la nuit s’efface,
Une lueur au firmament,
Lève majestueusement,
Le triste voile de sa face.

Bientôt, à travers tout l’espace,
De continent en continent,
L’astre du jour tout rayonnant,
Sort de sa rouge carapace.

Les champs reçoivent sa chaleur,
Le monde sort de sa torpeur,
Et la nature fait la fête.

On sent revivre un peu d’espoir,
Une lueur dans la tempête
Pour nous sortir du gouffre noir.

5 janvier 2005

 

 

 

 

 

Exil

Lorsque j’avais vingt ans, le monde était à moi,
Mon avenir brillait, j’étais jeune, invincible,
J’étais aventureux, rien n’était impossible,
Je regardais la vie, en face, sans effroi,
Jusqu’a ce coup de frein, soudain et très pénible.

Confiant, tous mes demains, étaient de bon aloi ,
J’avais fait des projet pour un parcours paisible,
Mais de nouvelles lois, de façon insensible,
Brisèrent mes espoirs, me barrant tout emploi ;
Je n’avais plus le droit d’un avenir possible.

J’ai pensé au Québec, à l’Europe au Brésil,
J’ai fait les consulats avec persévérance,
Pour trouver un futur à ma jeune existence,
Qui m’ouvrirait ses bras pour bercer mon exil ;
Car tu m’abandonnas, pays de ma naissance.

Un morceau de mon cœur s’endort au bord du Nil,
A l’heure du sommeil dans l’antre du silence,
Car il fut le charmant berceau de mon enfance,
Qui revient, très souvent, avec son doux babil,
Envahir ma mémoire avec plus de fréquence.

J’ai versé tant de pleurs, ce triste moi d’Avril,
Quand j’ai dû m’en aller à l’autre bout du monde,
Mon cœur était rempli d’une angoisse profonde,
Car mon exil cachait un futur volatil,
Avec une confiance à demi moribonde.

Maintenant que j’atteints presque quatre fois vingt,
Je regarde en arrière avec la nostalgie,
D’un homme qui s’est fait une nouvelle vie,
Dans ce nouveau pays ; qui ne s’est jamais plaint,
D’avoir très bien choisi l’exil en Australie. 

4 Octobre 2004

 

 

 

 

 

 


Veille

Lorsque je partirai dans la nuit éternelle,
Je viendrai, chaque soir, visiter ton chevet,
Tu ne me verras pas car je serai discret,
Je veillerai sur toi comme une sentinelle.

Je te recouvrirai de mon âme en dentelle,
Pour caresser ton corps de mon tendre duvet,
Je passerai la nuit près de ton lit, tout quiet,
Pour parer ton sommeil avec mon étincelle.

Lorsque ta longue nuit n’aura pas de réveil,
Tu me verras, enfin, dans ton profond sommeil,
Car nous serons, ensemble, au pays des lémures.

Pendant l’éternité, le passage du temps, 
N’aura ni sabliers, ni périodes futures,
Et nos âmes jouiront d’un éternel printemps.

9 Juin 2004

 





Ombre et Lumière

Quand le soleil s'éteint au fond du firmament, 
La pénombre répand son bras crépusculaire,
Elle couvre les cieux de son manteau stellaire,
Que le zéphyr ondule avec ravissement. 

Ce manteau de velours d'un chic étincelant,
Parsemé de diamants d'un âge millénaire,
Enveloppe nos cœurs de son baume lunaire,
Et caresse nos fronts d'un geste rassurant.

Puis, à l'aube, le ciel réveille la nature,
Et la rosée enduit les fleurs et la verdure,
De sa fine dentelle aux gouttelettes d'or.

Le soleil ressurgit des profondeurs de l'onde,
Il éblouit les cieux comme un conquistador,
Et le cadran entame une nouvelle ronde.

25 Avril 2004

 


Commentaire sur le Poème

"L’odeur du Fumier" par Gaston Couté 


Gaston Couté, c’est magnifique,
Ta langue est riche, aromatique,
Je ne pourrai pas faire autant,
Car ton fumier veut du talent.

Hélas, mes pauvres griffonnages,
Ne sont que simples badinages,
Ton grand pouvoir de bien parler,
Jamais, ne pourra s’égaler.

C’est bien dommage que ta gloire,
Fait, maintenant, part de l’histoire,
Tu disparus, mon cher Couté,
Ce qui me laisse dépité.

Un jour, je viendrai te rejoindre,
Alors, nous pourrons nous étreindre,
Et nous asseoir près d’un fumier,
Casser la croûte, et versifier.

Octobre 2002





Corps Nu

Est-ce un amant trahi, est-ce un mari cornu,*
Qui rêve du passé, regardant ce corps nu,
Flottant dans un marais, s’exposant à sa vue,
Le visage caché dans une épaisse nue ?

Il ne voit que ce corps qui met en feu son cœur,
Ce corps qui l’envahit de toute sa rondeur,
Il est tout seul au lit, rongé de jalousie,
Pourquoi ont-ils brisé ces nuits de frénésie ?

Son sommeil agité par sa lubricité,
Ses songes sont remplis de cette nudité,
Son désir pour ce corps le plonge dans un spasme.
Il veut chasser ce rêve et calmer son sommeil,

Mais bientôt le soleil annonce son réveil,
Ce corps nu le poursuit comme un cruel fantasme.

14 Mars 2003.

*Cornu = Cocu en Italien.





Vivre

Il y a de ceux qui savent vivre,
Et ceux qui ne le savent pas,
Mais comment faire pour survivre
Sans perdre pied sur le verglas ?

Car chaque instant de notre vie,
Ouvre une porte à l’inconnu,
L’instant qui suit cette agonie,
Nous prend, toujours, au dépourvu..

Mais ceux qui savent comment faire,
Font le trajet à petits pas,
Ils savent bien qu’il est précaire,
Et qu’il finit par le trépas.

Soyons de ceux qui savent vivre,
Prenons la vie au jour le jour,
Apprenons vite comment suivre
Le fil d’Ariane sans détour.

Il faut sortir de la carrière,
Qui plonge l’âme dans la nuit,
Pour retrouver dans la clairière,
Cette étincelle qui nous suit.

Depuis le jour de la naissance,
Notre parcours de l’est à l’ouest,
Nous force avec recrudescence
D’être entre le zist et le zest.

Comment choisir la bonne route,
Pour éviter les grands malheurs,
De la cruelle banqueroute,
D’une existence de douleurs.

Peut-être un rire, une caresse,
Un mot d’espoir, un geste doux,
Peut nous ouvrir avec tendresse 
Un long chemin sans grands remous.

La vie est une simple image,
Que nous reflète le miroir,
Sourions, donc, à ce mirage,
Pour abolir le désespoir.

6 Février 2004



Orion

Le soir, les cieux à l’horizon,
Sont recouverts d’étoiles,
La nébuleuse d’Orion,
Met à nu tous ses voiles.

Elle parsème le ciel noir,
De ses feux qui clignotent,
Et donne aux cœurs un peu d’espoir,
Les soirs quand ils sanglotent.

La nébuleuse d’Orion,
Aux couleurs éclatantes,
Enfante dans un tourbillon,
D’étoiles clignotantes,

Dans une pluie au firmament
Comme des lucioles,
Elles étalent lentement
Leurs belles auréoles.

Elles décorent l’horizon,
De grands feux des Pléiades, 
Qui se dérobent d’Orion,
Pour fuir ses embuscades.

Monsieur l’astrophysicien,
Voudrais--tu bien me dire,
Si l’homme, ce lilliputien,
Ce faible et triste sire,

Peut s’élever sur ses talon,
Pour se joindre à Diane,
Et voyager avec Orion,
Dans son monde diaphane ?

Mais dis-moi, donc, toi le savant,
Pourquoi la chasseresse,
A cet effet si captivant,
Qui nous remplit d’ivresse ?

26 Janvier 2004

 

 

 

 

Alternative ?

Je regarde ma feuille aller de porte en porte,
Elle cherche sa sève en cette fin d’automne,
Elle veut voir fleurir ses beaux fleurs d’anémone,
Avant qu’un tourbillon de neige ne l’emporte.

Bientôt l’hiver viendra suivi par son escorte,
Sur son cheval tout blanc, au pas qui tourbillonne,
Chevauché par le vent du nord qui l’éperonne ;
L’hiver enterrera ma jaune feuille morte.

J’ai joui les saisons du printemps à l’hiver,
Il est temps de tester les portes de l’enfer,
Pour voir si le vieux Pierre acceptera mon âme ;

Sinon, je reviendrai faire un nouveau parcours,
En arborant, très haut, la nouvelle oriflamme,
Qui m’ouvrira la porte à de nouveaux amours.

9 Décembre 2003

 

 


Dédié à un ami

Tourmente

Ton univers s’effondre et ton cœur est meurtri,
Car tout, autour de toi, parle de solitude,
Je vois dans ta souffrance un cœur endolori ;
Accepte mon soutien et ma sollicitude.

Hier encor, ton amante, était tout près de toi,
Ses parents l’ont bannie à l’autre bout du monde,
Ils vous ont séparés, jetant le désarroi,
Dans vos cœurs, alourdis d’une peine profonde.

Quand, au bord de la mer, tu contemples, muet,
Les flots qui, doucement, se mêlent à tes larmes,
Et qu’un zéphyr leur fait danser le menuet,
Ils t’apportent l’image, accorte, de ses charmes.

Elle dicte pour toi, des messages d’amour,
Ton cœur seul les entends, quand les flots les dévoilent,
Laisse-les te bercer, de son lointain séjour,
Et reçois ses baisers, sous les cieux qui s’étoilent.

Mon solitaire ami, sèche tes pleurs brûlants,
Compose une réponse à sa triste missive, 
Les astres clignotants, sur vos deux cœurs souffrants,
Te la transporteront jusqu’au bord de sa rive.

Vos yeux sont reflétés sur ce miroir brillant,
La marée, montant vers l’astre des ténèbres,
Chante son nom, ton nom, en un chorus tremblant,
Vos regards larmoyants, de loin, joignent vos lèvres.

Je comprends ta souffrance et ton effarement,
Viens, déverse ta peine, expose-moi ton âme,
Je suis là pour t’aider, dans ton isolement,
Nous sommes deux amis, souffrant d’un même drame.

Ma plume est sèche, ami, mais je t’ouvre mon cœur,
Qui lui, regrette aussi la perte d’une amante
Mélangeons nos soupirs, allégeons la douleur,
Qui nous a, tous les deux, plongés dans la tourmente. 

16/12/1946 – 2002.

 

 



Chant funèbre

Mon cœur chante ce soir,
Dans les ténèbres,
Mon cœur chante ce soir, 
Des airs funèbres.

Dans le néant je vois,
Un point qui brille,
Dans ce néant je vois,
Une escarbille.

Goutte à goutte mon sang,
Quitte mes veines,
Goutte à goutte mon sang,
Coule et s’égraine.

Mais d’ou vient cet espoir
Qui ressuscite,
D’ou vient donc cet espoir,
Âme tacite?

C’est une ombre qui vient,
Qui me caresse,
L’ombre bénie vient,
Dans ma détresse.

Serais-tu le nocher
De la clémence?
Serais-tu mon nocher,
Ma délivrance?

Je vois, de ton esquif, 
La sombre poupe,
J’aime, de cet esquif, 
L’étrange coupe.

Avec ce spectre noir
Mon cœur s’embarque;
Je suis ce spectre noir,
Je suis la Parque.

Adieu monde cruel
Plein d’amertumes,
Adieu monde cruel;
Larmes posthumes.

Je m’en vais pour toujours, 
Dans les ténèbres,
J’ai fini les parcours,
Des airs funèbres. 

1947-2002


 

 

 



Critique sur "La mort du loup» de Vigny" 

En choisissant le loup comme animal tragique,
Tu décris cette mort de façon ossianique,
Un décor si poignant, encadre ce récit, 
Si plein de sentiments, vêtu d’un noble habit.

Pourtant je suis blessé par ton noir pessimisme,
Qui couronne le loup pour son grand stoïcisme,
Un malaise puissant, en lisant certains vers,
Envahit tout mon cœur et l’enchaîne de fers.

Depuis l’aube des temps, musiciens et poètes,
Ont fait un hymne aux pleurs des héros et ascètes;
Non, mon ami, gémir n’est pas déshonorant,
Pleurer c’est un honneur qui rend l’homme endurant.

Un loup peut bien mourir en stoïque silence,
Mais un homme a le verbe, une âme et l’éloquence;
Peut-il garder en lui ses fortes émotions,
Sans trahir jusqu’au fond ses intimes passions?

C’est beau « La Mort du loup » c’est grand et c’est sublime,
Mais nous sommes humains, et pas des loups qu’on mime.
Poète, tu trahis ton rôle de meneur,
Tu trompes les esprits, tu te montres sans-cœur.

Jamais je n’admettrai ton credo qui me blesse,
« Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse » 
C’est une absurdité de souffrir sans parler;
Il faut laisser aux pleurs l’honneur de déferler.

Les malheurs ont aigri ton âme magnanime,
Tu rougis, car tes yeux, qu’un fier regard anime,
Ont jadis déversé des pleurs brûlants, amers,
Tu veux durcir nos cœurs par ces stoïques vers?

Cherche dans la nature un endroit qui te berce,
Poète, sois un homme et pas un loup qu’on perce,
Laisse parler ton cœur lorsque ton âme geint
Écris sous sa dictée, accepte qu’il se plaint. 

Enfermé dans ta tour tu revêt ton armure, 
Le fer te fait trembler et fait trembler ta hure,
Comme Welf, dans son fort, tu retranches tes jours;
Poète, deviens homme et pense à tes amours.

Sous ta plume de maître étale ta souffrance,
Donne à tes larmes l’encre et répand l’espérance
A tous, qui comme toi, ont besoin de tes pleurs,
Pour cette mort du loup, sous les coups des chasseurs.

Comme toi j’ai souffert, j’ai traversé des crises,
Mon cœur en est marri par beaucoup d’heures grises,
Et j’ai pleuré sans honte, et même avec orgueil ;
Mes larmes empliront, jusqu'au bord, mon cercueil.

1946-2001

 

 

 



Déception

Ô ! fille des ténèbres,
Ô ! nuit aux yeux brillants,
Viens, donne-moi tes lèvres, 
Viens dans mes bras tremblants.

L’astre du jour me lasse,
Me remplit de langueur,
Viens, dégeler la glace,
Qui refroidit mon cœur.

Sous ton manteau d’étoiles,
Sous ton règne de paix,
Mon âme, sous tes voiles,
Veut se perdre, à jamais!

Mes rêves de jeunesse,
Étaient si pleins d’espoir
Mais j’ai vécu, sans cesse,
Dans un monde âpre et noir.

J’écoute ton silence,
J’entends la voix des vents,
Débiter en cadence,
Des mots d’amour, ardents.

Mon cœur meurtri se soûle,
Par l’hymne si divin,
De l’onde, qui roucoule,
Là-bas, dans le ravin.

Mon âme est en détresse,
Cherchant le grand amour.
J’ai besoin de tendresse,
Dans mon triste séjour. 

Je cherche, en vain, cette âme,
Qui puisse, enfin, m’aimer,
Qui puisse, par sa flamme,
Mon malheur, consumer.

Hélas ! la nuit est brève,
Le jour revient, brûlant,
Pour étouffer mon rêve,
Me laissant larmoyant.

Adieu, compagne tendre,
Adieu, voiles protecteurs,
Je reviendrai répandre
Dans votre sein, mes pleurs.

1961-2001

 

 

 



Dégoûté

Je veux vivre tout seul , loin des regards jaloux,
Je veux vivre tout seul, comme les vieux hiboux,
Qui sortent, certains soirs, sous une pâle lune,
Respirer librement, tous seuls, sur quelque dune.

Je veux, loin des humains, vivre ma vie à moi,
Être seul dans un trou, mais vivre comme un roi.
Que me fait la caresse enivrante des femmes,
Si leurs tendres baisers sont vicieux; les infâmes.

Que me fait la jouissance, éphémère bonheur,
Si je chante et je ris, sans y mettre mon cœur.
Oui, je veux être seul, solitude adorée,
Je veux fuir, m’échapper, de la ville abhorrée.

Je veux, dans un désert, sous un ciel velouté
Laisser blanchir mes os, car je suis dégoûté.
Je suis un misanthrope ? Eh ! bien! soit, je veux l’être,
Car mon mépris pour toi, monde, est dur comme un hêtre.

Coquet caveau fleuri, mon corps ne viendra pas
Garnir ton étagère, car je serai là-bas,
Dans les sables brûlants, par quelque bête immonde,
Dévoré jusqu’aux os; je t’aurai fui, ô ! monde.

1948-2001

 

 

 


La Cinquantaine.

Les derniers cinquante ans, d’une vie commune,
Ont soudé nos deux cœurs, nos âmes ne font qu’une,
Les flammes du printemps, ne sont que des tisons,
Mais ils réchaufferont nos restantes saisons.

Ensemble, nous avons parcouru notre route;
Sans ton support, amour! je n’aurais pu, sans doute,
Surmonter les périls, sans, parfois, trébucher;
Bras dessus, bras dessous, j’ai pu me raccrocher.

Comme un jeune condor, survolant la montagne,
Tu fus mon premier prix, sur le mât de cocagne;
Dès nos tous premiers jours, nous nous sommes promis,
De rester, pour toujours, grands amants, bons amis.

Mon travail nous a fait, faire de longs voyages,
Nous avons traversé des beaux temps, des orages,
Nous arrivons, enfin, à la baisse du jour,
Au port calme et serein, certains de notre amour.

Novembre 2002

 

 

 



Attente inutile

En passant, le matin, sous ta fenêtre close,
Je m’arrête un instant, et je ferme les yeux;
Je t’imagine là, dormant comme une rose,
Prête, en te réveillant, à parfumer les cieux.

Mais, hélas, je t’attends sans te voir apparaître,
Je souffre et je me tais, car mon mal est trop fort;
Je ne puis l’exprimer, tu ne peux le connaître,
Je suis né pour t’aimer, tu naquis pour ma mort.

Mon cœur est plein d’amour , mais le sort nous sépare,
C’est toi qui l’a voulu ; je suis en désarroi.
Ne m’ignore donc plus, ton absence m’effare.

Ouvre-moi ta fenêtre et regarde ma peine,
Regarde que je suis complètement à toi,
Tu seras, dans mon cœur, toujours la souveraine.

1948-2001

 

 



Contemplation amoureuse

Ou vas-tu belle nymphe, ainsi qu’une ombre blanche?
Légère et parfumée en cette sombre nuit,
Ne cours pas, vois plutôt, ton passage déclenche,
Sous chacun de tes pas un astre qui reluit.

Ne sème pas ainsi tes grâces ineffables,
Arrête-toi mignonne, et dis-moi d’ou tu viens,
Dis-moi si, dans le parc, les muses sont affables,
Laisse-moi refléter tes beaux yeux dans les miens.

Regarde cette vague, elle surgît de l’onde,
Regarde ces oiseaux, chantant pour Cupidon,
Regarde la nature épandant sur le monde,
L’amour de tout mon cœur; prends-le, je t’en fais don.

Ne me refuse plus, brune beauté, tes lèvres,
Blottis-toi contre moi, viens écouter mon cœur,
Car l’aube va pointer, pour nous montrer les oeuvres
De Dieu, qui bénira notre éternel bonheur.

1948-2001




De l’aube au crépuscule

La rosée enduit de ses fines gouttelettes,
L’aube qui se réveille, après son court sommeil,
Elle s’étire et baille, enlevant ses voilettes,
Puis, avec la rosée, elle attend le soleil.

C’est son prince charmant, son amant et son maître,
Il revient, chaque jour, pour la faire rougir,
Un doux frémissement, fait trembler tout son être,
Et quand il apparaît, elle fond de plaisir.

L’aube est une maîtresse, aux caresses câlines,
Elle embrasse l’amant, qui surgit glorieux
Du fond de l’océan, aux couleurs corallines,
Et se laisse emporter vers le plus haut des cieux.

Et là, ils font l’amour, pour des heures entières,
Enfin, courbaturés, affaiblis et fumants,
Leurs yeux pleins de sommeil, ils passent les frontières;
Le crépuscule ardent, sépare les amants.

L’aube et le crépuscule, ont une même mère,
L’une chante l’aurore, et les jours capiteux,
Par contre, l’autre vit, dans un monde lunaire,
Et recouvre les cieux d’un canevas miteux.

L’aube présage un jour lumineux et sans voiles
Et sa rosée épand son baume journalier,
Mais frère crépuscule, étale ses étoiles,
Et met au ralenti, le cours du sablier.

Octobre 2002

 

 




Crépuscule

J’ai traversé beaucoup de fleuves,
Beaucoup de cieux, beaucoup de mers,
Et j’ai subi beaucoup d’épreuves,
Dans mes parcours, souvent amers.

J’ai survolé de belles villes,
De beaux monts blancs et de déserts,
J’ai navigué parmi des îles,
Et j’ai flâné dans des bois verts.

Après ces durs et longs voyages,
Cette existence de gitan,
Enfin, j’ai dû plier bagages, 
Et devenir un vétéran.

Cueillant les roses, les épines,
Ont trop souvent, meurtri mon cœur,
Et je fus proie à des combines,
Par des collègues, sans pudeur.

En oubliant tous mes déboires,
Ensevelis à tout jamais,
Je me souviens de mes victoires,
Qui mettent mon esprit en paix.

Alors, adieu la polémique,
Les beaux autels à l’ambition,
Bonjour à l’âme poétique,
Muse de mon inspiration.

5 Mai 2003


 

 



Décalage 

Sous la voûte des cieux, les étoiles scintillent,
La lune, sur la terre, épanche ses lueurs,
Le soleil a sombré sous les flots bleus qui brillent,
Reflétant des diamants, dans toutes leurs froideurs.

Assis sur le gazon, je contemple la lune,
Je regarde les ours, l’étoile du berger,
Je me demande aussi, si les yeux de ma brune,
Sont fixés sur les cieux, pour me dévisager.

Hélas, ils l’ont bannie, à l’autre bout du monde,
Ses sanglots et les miens s’unissent sous ces cieux,
Je l’appelle, souvent sans qu’elle me réponde,
Car en nous séparant, nous fîmes nos adieux.

Cette séparation n’a pas été voulue,
Elle riche héritière, et moi pauvre aspirant,
Nos rangs étaient divers; tradition dévolue?
J’étais, pour sa famille, un jeune homme encombrant!

Notre amour était fort, il le reste, quand même,
Un immense océan sépare nos deux cœurs,
En regardant la lune, astre d’amour suprême,
On se sent réunis, en mélangeant nos pleurs.

Des vieilles mœurs, hélas, ont creusé ce grand gouffre,
Pour ne plus nous revoir et ne plus nous toucher,
J’ai gardé ma distance, et je sais qu’elle souffre,
Car nous n’avons, jamais, cessé de nous aimer.

Éventuellement, nous quitterons la terre,
Peut-être, alors, les dieux entendront nos sanglots,
En rejoignant nos cœurs, nous pourrons faire taire,
Tous les regrets subis depuis ces vieux complots.

Oh! que j’espère voir de nouveau, cette flamme,
Qui s’embrasait souvent, quand nous étions amants,
Je voudrai tant souder mon âme avec son âme,
Pour renouer les liens de ces divins moments.

1949-2001


 

 



Désir 

Comment te l’ exprimer cet amour qui m’enflamme,
Cet amour qui rend fou, qui déchire mon âme,
Dans mes rêves d’ivresse, aux heures de sommeil, 
Je vois dans le brouillard, d’un horizon vermeil,
Ton corps nu, ruisselant d’amour et de tendresse,
Tu fus ma raison d’être, ô! femme enchanteresse.
Lamma sabacthani, femme de mon désir,
Femme qui sus donner la peine et le plaisir,
Ne t’ais-je pas donné tout mon cœur, tout mon être,
Tu m’as tout pris, méchante, avant de disparaître.
C’est triste d’être seul, c’est triste d’avoir peur,
Sans toi, mon cher amour, tout s’envole en vapeur,
Tu m’as volé les heures de folle frénésie,
Tu m’as laissé tout seul, rongé de jalousie;
Souvent, un cauchemar, pervers et infamant,
Me trouble, te voyant avec un autre amant.
Je revois ces moments, quand tu fus ma maîtresse,
Quand nos heures d’amour nous remplissaient d’ivresse,
Quand mon souffle, en passant, te faisait tressaillir,
Quand nos ardents baisers nous faisaient défaillir.
Je suis vide de toi, tu m’as quitté, infâme,
Je ne suis qu’une épave, un amoureux sans âme,
Je vais à la dérive et tu ne comprends pas,
Qu’en me quittant ainsi, tu scellas mon trépas.
Quand l’âme aura quitté ce corps si hâve et grêle,
Elle attendra la- haut, pour son âme jumelle,
Nous passerons, alors, toute l’éternité
A nous aimer, sans fin, dans l’immortalité.

Février 2, 2002





La Destinée 

Je suis le vent, je suis l’orage,
Je suis le duvet du nuage,
Je suis la flamme du soleil,
Et de la lune, je suis l’œil.

Je suis la nuit pleine de voiles,
Où je parsème mes étoiles,
Je suis le chant des vendangeurs,
Et la sueur des laboureurs.

Je suis la feuille triste et jaune,
Qui tombe sous les vents d’automne,
Je suis l’esprit des éléments,
Je suis l’hiver et le printemps.

Je suis le cœur et je suis l’âme,
De l’étincelle et de la flamme,
Je suis Zénith, je suis Nadir,
De tous les siècles à venir.

Je suis les pleurs, je suis les rires,
Ainsi que source des délires,
Je suis berceau, je suis cercueil,
Le suis naissance et je suis deuil.

Je suis l’amour et l’espérance,
La guérison de la souffrance,
Je suis le poing de l’éternel,
Qui rend justice au criminel.

Qui suis-je, enfin, quand je voyage,
Quand je traverse d’âge en âge,
Les existences des humains
Pour leur tracer leurs lendemains?

Je suis semeur des destinées,
Qui réglemente les années,
Dans leurs recoins les plus obscurs ;
Je suis passés, présents, futurs.

20 Avril 2003





Les Rides du Printemps 

J’adore le printemps, et ses beaux arbres verts,
La nature sourit aux parterres couverts
D’arômes et de fleurs qui cachent les merveilles
Que butinent, sans cesse, les glaneuses abeilles.

Le soleil envahit les villes et les champs,
Invitant le retour des oiseaux et leurs chants,
La nature dépeint un grand diorama,
Qui plonge notre cœur dans ce panorama.

On entend gazouiller les oiseaux dans leurs nids,
Les fleuves chantonnant s’écoulent dans leurs lits,
Un kaléidoscope aux teintes chatoyantes,
S’étale devant nous, en vagues ondoyantes.

Nos yeux sont envahis par les mille couleurs,
Des oiseaux, papillons, des arbres et des fleurs,
On ressent notre sève, ardente et volcanique,
Couler abondamment vers un monde érotique.

La sève du printemps aiguise nos désirs,
C’est le temps où l’amour nous offre ses plaisirs,
Et comme des gloutons, qu’un froid hiver affame,
Nous dégustons les plats, de ce qui nous enflamme. 

Les soirs sont embaumés de grisantes odeurs,
Et les souffles des vents sont remplis de tiédeurs;
Les restaurants sont là, portes grandes ouvertes,
Les terrasses dehors, sont de monde, couvertes.

Même les malheureux, prennent un peu d’espoir,
Car la saison leur offre un précaire perchoir,
Le printemps est l’ami, l’amant de la nature,
Il est le renouveau de toute créature.

Le printemps fait germer les graines et les fleurs,
Le pâtre et ses moutons descendent des hauteurs,
La campagne s’anime au travail des faucheuses;
C’est tout un brouhaha de vacances joyeuses.

J’adore le printemps, celui de mes vieux jours,
C’est le rétroviseur de mon très long parcours,
Je d'épluche un à un les fruits de ma jeunesse, 
Qui donnent le sourire aux rides de vieillesse.

25 Avril 2003

Christian  Cally


chantily@bigpond.net.au