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Hommage à la pomme d'amour
Très tôt, dans le matin emperlé de rosée
Je me rends au jardin et remplis mon panier
De ces bons végétaux qui croissent sans souci:
Tomates, céleri, courgettes et persil...
Ces légumes bien frais sont pour moi un poème.
J'admire leur beauté, leur plénitude, même
Et je les remercie d'être là, pour combler
Nos goûts, nos appétits toujours renouvelés.
Quand la tomate en pleurs verse larmes de sang
Mon estomac se serre, aussitôt, je ressens
Pour cette chair meurtrie une immense tendresse
Et je donne à sa peau une ultime caresse.
Mais il faut bien manger: ah, que la chair est bonne
De ce légume rond qui à nous s'abandonne
Sous un doux filet d'huile issu de l'olivier,
Relevée d'un peu d'ail qui va la parfumer.
Un brin de basilic va lui flatter le teint
La ciboulette, aussi, cueillie au frais matin
Apporte son piquant à la chair si sucrée
Qu'on croit, en la goûtant, savourer un baiser!
Pieds de veau
Ma lyre est épuisée et mon luth est éteint
J'ai tout abandonné: l'or de mes calepins
Où je notais hier mille et cent fariboles,
Et les riches émois d'une nature folle,
Et mes inspirations qui ne tarissaient pas.
Oui, la chaleur est là qui me mène au trépas!
Mes pieds sont pieds de veau: non, il ne s'agit pas
De ces curieux arums nommés "Herbe d'Aaron"
Qu'on dit aussi"Gouets", "Arum maculatum"
Qui mûrissent en août en perles de corail...
Non, il s'agit d'un mal qui me tient au bercail:
Enflés par la chaleur, mes pauvres pieds éclatent
Comme ces beaux arums aux imposantes spathes
Et je ne peux marcher, et je vais titubant
Sur ces pieds torturés, vraies pattes d'éléphant!
Ah, non, ne riez pas, plutôt, compatissez:
A la cure, à Luchon, j'avais le pied léger.
Un voyage a suffi pour qu'ils soient tuméfiés,
De l'ardente chaleur j'aurais dû me méfier!
Et puis, les pieds pendants, (et pendant bien des heures)
De la circulation, cela fait le malheur.
Je parle de ce sang qui ne veut pas monter
Le long du fût jambier et reste dans le pied!
Bref, je suis affalée comme une belle plante
Qui rayonnait hier et aujourd'hui déchante
Par trop d'eau amassée dans ses pieds élégants
Qui maintenant, hélas, font pattes d'éléphant
(Ou de veau!)
IGNOMINIES
Qui dira les malheurs de la sole bretonne
Du rouget marseillais et du thon d'Algérie,
Ces poissons palpitants que l'on pêche à la tonne
Pour aller contenter nos yeux de merlans frit !
Ces yeux, qui font le choix de ces chairs sacrifiées,
Saisies au beurre noir ou bien au court-bouillon
O ces corps si vibrants, maintenant statufiés,
Qui n'apaiseront pas nos appétits couillons !
Mangez-donc du foie gras ! Mais que Dieu me pardonne,
Ce ne sera pas mieux, car il faut torturer
Les oies et les canards qui à nous s'abandonnent
Victimes résignées se laissant engraisser !
Alors, mangeons du steak ? Mais vous n'y pensez pas !
Savez-vous l'épouvante, au seuil de l'abattoir
Des bêtes affolées pressentant le trépas .
Alors, où allons-nous, direz-vous, nous pourvoir ?
Peut-être le jardin pourra combler l'assiette
Et tous nos appétits, car il faut bien manger !
Vous faites à ces mots une drôle de tête :
Les légumes aussi, il nous faut ménager ?
Quand la tomate en pleurs verse gouttes de sang
Sous le couteau impie qui la tranche et la taille
Vous pensez, c'est certain, à d'ignobles batailles ?
Or donc, il faut jeûner, voilà, je le pressens !
Il est dur de penser que l'homme ne peut vivre
Sans, tout autour de lui, tuer et sacrifier :
Du sang des animaux et des plantes il s'enivre,
Le monde est bien cruel ! A qui peut Thon se fier ?
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