Au royaume des algues Ce soir tel Narcisse, notre ami Pierrot Sur un pont du Grand Parc, se pencha un peu trop. D'un coup, il tomba dans l'ornemental bassin. Alors, sous les nénuphars roses pour son bien, Une sirène l'entoura d'une bulle d'air Et l'entraîna de cet étang jusqu'à la mer. Les eaux communiquent sous la terre, cela, Pierrot le découvrit dans ce périple-là. Avec confiance, il suivit la sirène. Ce qu'il vit le remplit d'une joie extrême. Il fût, à l'abri dans sa bulle étanche, Invité dans des châteaux d'écume blanche Cernés de jardins coralliens où les concerts Et les bals sont permanents, en cet univers, Tous les gens sont joyeux, tout y est bleu et blond, Les perles roulent sur le sable des grands fonds. Sur la musique, des bancs de poissons dansent. Ils vont, ils viennent et nagent en cadence. De son voyage, Pierrot remonta un présent : Un coquillage nacré aux reflets d'argent Et le souvenir orange d'étoiles belles, Mais ô combien différentes de toutes celles Qu'il côtoie, la nuit, dans l'immensité du ciel Autour de la Lune et ses reflets de miel. Du soir au matin Sours de la Lune si claire Et du Soleil rutilant, Chacune a quasiment l'air D'une jonquille au Printemps. Pures blondes aux reflets d'or De cuivre ou de platine, Elles arrivent tour à tour A la fête de citrine, Et, du début, étincellent Jusqu'à la fin du Bal. Courtisanes éternelles D'un Palais Boréal, Elles dansent jusqu'au matin, Éprises de coquetterie, Car la Nuit leur appartient, A jamais, pour toute la vie. L'une baille discrètement, C'est peut-être la plus dorée. L'autre s'étire lentement, C'est elle la plus argentée. Alors les joyaux du ciel coiffent leurs cheveux. Lorsque l'Aube déploie son lumineux voile, Leur présence s'effiloche peu à peu. Ainsi, jusqu'au Soir, s'endorment les Étoiles.
Un
mandarin en manteau de soie rouge, coiffé d’un chapeau mexicain, boit
du thé citron assis dans une pirogue poussée par la force gracieuse
d’un gondolier qui chante un blues en polonais sur un canal bordé de
tulipes et de palmiers devant une Tour Eiffel illuminée en plein cœur
des neiges sous un soleil de plomb…
Il s’agit simplement là de quelques échos d’une même planète
mélangés dans le cornet d’un jeu de dés que j’ai lancés sur un
tapis rouge dans la pampa argentine.
Je rejoue ?
C'est Carnaval ! Mais pas celui de Venise. Car aujourd'hui la Nature se déguise En miel, en cuivre, en ambre, or et rouge. Les feuilles valsent, tournent, roulent et bougent. Saveurs de raisin, de châtaignes et de pommes. La musique est celle du Vent de l'Automne. Vers quelle contrée vous éclipsez-vous ainsi, Ô ardentes feuilles pourpres et cramoisies ? Danser ! Disent-elles en suivant la rafale. Le singulier tramway qui les emmène au Bal, Là-haut, dans un château, sur une nue ouatée. Hèle Zéphyr, avec nous il va t'inviter ! J'appelle le Vent qui aussitôt m'entraîne Au Bal fastueux du Château de ces Reines. Là où les feuilles se transforment en femmes. Dès leur prompte arrivée, on les acclame Car leurs somptueuses robes aux lignes pures Gardent les tons de leurs automnales parures. Zéphyr, le lendemain, ici m'a ramenée, Mais les feuilles-femmes sont au Bal à jamais ! Fée des glaces Accroupie sur le rivage d'un lac gelé, Elle joue là, en ce miroir improvisé, Des reflets de sa tiare de glace claire, Véritable parure d'eau de lumière. Des cristaux d'argent brodent sa tenue pâle, Neige en dentelle pour reine hivernale. La lueur irisée d'une perle fine, Blanche comme la soie de Chine, Rend son cou plus rayonnant que la lune. Ce fut le cadeau d'une sirène brune Qui la remonta des grands fonds de l'océan. Ce soir, les violons répètent un air dansant Autour des fontaines de givre, pour le bal, Le palais est paré de fleurs nivéales, Car viendront des amis du Pays Suomi. Le décor, à la ronde, jusqu'à l'infini, Se dessine en harmonies de bleu et blanc, De banquises sculptées en icebergs géants. Quand, sur la mer, le soleil darde son éclat, La beauté scintille en ce royaume-là. Car sa lumière à elle, son aurore, Demeure celle de l'Étoile Polaire. Depuis des milliers d'années, elle vit au Nord, Dans les nuées, bien au-dessus de la Terre. Apogée Au début d'avril naquit ce charmant bébé Sous le fier et courageux signe du Bélier. Puis, ce bourgeon tendre et presque fragile Déploya une élégance subtile. Après le frais, vert et euphorique Printemps, Elle n'était dorénavant plus une enfant. Belle, noble, distinguée et épanouie, Tout l'Eté, elle adora Soleil et Pluie Mais elle attendait le radieux Automne, La Saison où elle porterait couronne. Car les feuilles des arbres, comme les roses, Ont droit au triomphe, à l'apothéose. Pour la gloire, elle avait embrasé son teint D'orange, de jaune vif et de rouge carmin Qui peu à peu devinrent le cuivre et l'or, Avant de quitter sa branche et, tout d'abord, S'en détacher d'un coup avec ravissement Pour s'envoler à jamais avec le Vent. Atlantis Derrière la vitre étoilée Par l'éclat des gouttes de la pluie, Mon haleine, trois fois l'ai soufflée. Dans le flou du halo de buée, J'ai dessiné un petit poisson. Quelques secondes ont défilé. Etait-ce l'appel du Grand Large ? Evaporé, il avait déjà fui. La chanson d'aquilon J'aime la musique du Vent d'Hiver, Celle qui s'échappe des courants d'air. Hou-hou aux coins des rues, aux coins des bois, Quel est donc l'Elfe qui crie « cherche-moi ! », Joue à cache-cache entre les toits ? Si je sors, la Pluie l'accompagnera. Il m'aspergera d'eau ou de poussière, Cinglera mes cheveux dans l'air polaire. Je l'ai vu une fois, ce bel homme Soulever les feuilles de l'Automne. Il riait fort en les éparpillant, Il dansait, s'amusait comme l'enfant. Vois ! La course des nues s'accélère, Le Vent du Nord reste un mystère. Je le sais parfois assis sur mon toit. Il souffle dans une flûte de bois, Envoie ses rafales d'éther gelé En arabesques et boucles piquées.
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