Nathanaëlle Janed

 

 

 

 

 

 

 
Espoir 

Paris, qui donc es-tu ? Toi, si attirante… 
Ô Muse pétillante… Étourdissante… 
Ô étoile étincelante sous les cieux 
Tu chantes dans ma voix et brilles dans mes yeux.
Dans mon cœur, toute en couleurs, vit ton empreinte, 
Aussi fraîche que le jour où tu l’as peinte. 
A la seule évocation de ton nom, 
Avec cette même absolue passion, 
Ta folle étreinte me soulève d’amour. 
C’est toi, cette aube d’or sur un nouveau jour. 
Tu es un matin de printemps ou d’automne. 
De plaisir, tes saisons en moi frissonnent. 
Je t’aime sous l’averse ou sous tes soleils. 
Quand tu t’allumes le soir, tu m’émerveilles. 
Tu m’as appris les Beaux-Arts et l’art de vivre, 
Toi l’insoumise, tu es la fée qui m’enivre. 
Tes monuments, tes coins perdus, tes avenues, 
Dans tes quartiers, je ne me suis jamais perdue. 
Paris si loin, je meurs, tu deviens ma douleur. 
Laisse mes yeux rougis reconnaître ton cœur. 
Et ma vie meurtrie sentir ta force d’âme, 
Mon Paris, ma ville, ma folie, ma flamme… 
Laisse mes mains serrer tes parapets de ponts, 
Caresser tes fleurs, de Monceau et de Chaumont… 
Laisse-moi revoir ton ciel, Paris mon rêve, 
Tes arrondissements, tes rues et ta Sève. 
J’ai vécu en toi pendant toutes ces années, 
Glissée dans ton cocon, je t’ai tant respirée 
Que je n’ai rien oublié dans ma torture, 
Ce lourd exil provincial qui me ceinture. 
Je souffre de ce vide qui m’arrache à toi. 
La déchirure me brûle, mais attends moi ! 
Je te reviendrai, ô ma Ville, ma victoire… 
Terre Promise, est-ce la force du vouloir ? 
J’ai ce sentiment troublant qu’un prochain jour 
Tu t’offriras enfin à moi pour toujours. 








Fée d’Hiver 

Qui me l’a dit ? Pas un journaliste 
Car pas un ne sait qu’elle existe ! 
Imaginez splendides coquillages 
Éparpillés sur un vaste nuage… 
Un immense lac s’étend au milieu, 
Peu profond, mais limpide et si bleu… 
C’est ici qu’un beau page vient chercher 
La neige qu’elle file en secret, 
En inestimables petits flocons, 
Comme de très précieux petits cocons 
Faits de nuée, de cristaux pétillants, 
Poudre de glace et filins d’argent… 
Nous sommes chez elle et tout va bien, 
Loin du tumulte des humains. 
Un solstice d’Hiver, il y a longtemps, 
Elle est montée là en suivant le vent, 
La fille à l’éternelle jouvence 
Devenue gardienne des joies d’enfance. 








Fleur de jasmin 

Sous des joues roses, un sourire radieux, 
Une frange brune retombe sur tes yeux, 
Deux mobiles amandes noires pétillent 
Pantalon noir, tunique de satin rouge, 
Dans tes cheveux, quatre fleurs de Chine bougent.
Tu danses avec toutes tes camarades 
Des entrechats harmonieux dans la parade. 
Une lanterne de papier entre tes mains 
Balancée sur une chanson en mandarin… 
Je t’ai remarquée, je souris en t’admirant, 
Tu es la plus douée de toutes ces enfants. 
Pour un si jeune age, quel savoir faire ! 
Si j’étais ta maman je serais fière. 
Tu enchaînes ces gestes répétés par cœur, 
De danser, tu montres un évident bonheur. 
Mais ton humeur semble figée, je le perçois… 
Ressens-tu la même chaleur au fond de toi ? 
Cette joie affichée est–elle imposée 
Comme les gracieuses figures du ballet ? 
Voudrais-tu évoluer avec plus d’ardeur 
Et sourire encor plus fort aux spectateurs ? 
Ou bien, là, oublier lanterne et satin 
Pour partir vers un ailleurs, un nouveau matin, 
Un jardin d’enfance, un Pays enchanté, 
Un endroit dont toi seule aurait la clé ? 








Gourmandises

Le chocolat, manne chérie des Incas, s’éploie au palais, exalte les pensées… Comme la rose ravit l’œil et l’odorat, lui, réchauffe les cœurs et ouvre la fleur de l’esprit. Heureux hasard de la nature ou cadeau de Dieu… Qu’importe, Celui qui les créa fit magistralement bien les choses ! 

 





Halny Wiatr (lettre d’une fan à son étoile) 

à
Michal Kwiatkowski 

Les airs dolents berçaient la triste nuit 
Quand toi, doux Vent d’Est réveilla la vie. 
Tu chaviras les fleurs assoupies 
Comme la vague de mascaret 
Courtise les berges endormies. 
Sous le flux de ta main naquit andante 
La source claire, comme orient de diamant, 
L’éclat du soleil, un arc-en-ciel rutilant. 
Sous tes caresses un piano s’envole, 
Les arpèges et les cœurs caracolent. 
On a senti tes éclats d’émail, 
Ces lézardes n’ont pas creusé de failles. 
Mais t’ont bâti la douce armure de corail. 
On les sait pourtant tapies entre les mailles… 
On sait la force qu’il te fallu 
Pour dire je suis, je continue. 
La cassure qui marqua le jeune homme 
Se fait timide, cachée entre les notes. 
Car Arlequin sait masquer les fêlures 
Dans sa vie, le bonheur a fait bouture. 
Tu nous enveloppes de ta noblesse, 
Tu chantes l’émoi en délicatesse, 
Tu allumes des feux incandescents, 
Des étincelles de joie, des larmes de satin 
Sur des printemps trop gris 
Sur des étés sans vie 
Ô être de lumière 
Toi sur la scène 
Moi en prière, 
Je n’ai su que te dire 
Je t’admire. 
On ne peut hélas retenir cette heure bleue 
Sous le sourire sincère et généreux, 
Tout bouge, tout vibre au rythme du cœur. 
Ce cœur qui fut blessé ne sait, 
Ne sait que se tendre vers nous 
Pour partager cet amour dont il est fait. 
Toi l’ange d’harmonie à l’argenté si beau, 
Où caches-tu tes ailes, sinon dans ton piano. 
Nous ne savons te dire si peu… juste bravo. 
Après ce concert, une dédicace, 
De cette rencontre… une trace, 
Le temps d’un instant d’éternité, 
Petit moment qu’on n’oubliera jamais… 
Ne t’en vas pas, ne nous laisse pas, 
On serait quoi, nous sans toi… 
Des enfants perdus 
Aux refrains trop nus. 
Entre les décibels impersonnels 
Un piano et une voix si belle 
Ont percé les nuages des ciels 
Et ont dévoilé des merveilles, 
Musiques d’or et de vermeil… 
Le vent fort était chaud, 
Il a soufflé ses mots… 







Harmonie

Inachis Io, le grand Paon du Jour, 
Se posa, par hasard ou par amour, 
Sur les lobellias au bleu roi éclatant. 
Le corail de ses ailes devint ardent. 
Mais du contraire, quelle impression ? 
Par l’apparition de ce papillon 
Une floraison d’emblée sublimée. 
Joie ! Cette parfaite affinité, 
En somme, me devoila les deux avis
J’avais l’humeur amère et le cœur gris, 
J’ai souri au ciel, soudain apaisée, 
Tant la vision était ensoleillée ! 
Sans s’attendrir, certains s’exclameront : 
Des couleurs de fleur et de papillon ? 
Pourquoi s’étonner ? Quoi de plus banal ! 
Mais en la Nature, rien n’est banal ! 
Car ceci est purement merveilleux. 
Par pitié, s’il vous plait, ouvrez vos yeux ! 







Idun 

La neige avait depuis bien longtemps 
Emmitouflé le vert paysage 
De ce hameau paisible et charmant 
Aux confins d’une forêt de Scanie. 
Par la porte de blanche demeure, 
Quelques filles sont, tout à coup, sorties. 
Deux petites et puis trois grandes sœurs. 
La plus âgée présentait un gâteau 
Fleurant la vanille et les pommes, 
Et des kanelbullars encore chauds 
Aux amandes et à la cardamome. 
La deuxième gardait entre ses bras 
Un plateau de brioches aux raisins. 
L’une des enfants balançait des noix 
Dans l’osier entre ses petites mains. 
L’autre fillette affichait dix ans, 
Costumée de rouge, de cap en pied, 
Portant ses reinettes dans un panier. 
C’était Idun, gardienne des pommes 
Redonnant aux Ases la jouvence, 
Comme venue au pays des hommes 
Leur accorder la même clémence. 
Celle qui fermait ce beau défilé 
Faisait vibrer une harpe suédoise. 
Toutes marchaient dans l’allée ouatinée 
Et fredonnaient une chanson finnoise. 
Elles étaient attendues non loin de là, 
Dans une maison aux persiennes bleues. 
Parmi les lumières de cet hiver-là, 
Je garde ce souvenir délicieux. 








Jean's Blues

Ma rue pavée, l’odeur des croissants chauds… 
Où êtes-vous mes Parcs, mes Grands Boul’vards, 
Mes musées secrets, mes bruits de métro ? 
Morte, je sais, mon École des Arts… 
Je ne sais pas vivre ton absence, 
Paris, mon Eldorado, ma Cité, 
Ni, sans toi, affronter l’existence. 
Mes tendres années tu les as gardées. 
Une pluie ou un cerisier fleuri 
Me rappelle dans la nuit de l’exil 
L’Automne ou le Printemps à Paris. 
Couleurs d’Octobre ou fraîcheurs d’Avril, 
L’Hiver, les marrons chauds ont goût de beurr’… 
Lorsqu’une ville, à ce point là, 
Obstinément, vous caresse le cœur, 
A jamais ell’ vous appartiendra. 
Comm’ s’il ne savait s’exprimer, ce cœur, 
Que par le simple talent de mes mains, 
J’ai saisi mes pinceaux et mes couleurs, 
Pris sous mon bras, mon carton à dessin. 
Alors, dans ma tête, j’ai remonté la rue 
Où depuis longtemps mes pas ne se posent plus. 
Paris, ses jardins et ses trottoirs 
Je les rejoins dans ma mémoire. 
Loin, là-bas, j’ai laissé tous mes soleils 
Quand le chagrin a brisé l’innocence 
Le soir où Paris chantait la Noël, 
Gare de Lyon, terminus loin en France. 
Il s’est déchiré là-bas, mon jean usé… 
Je remonte la rue comme le temps, 
Nostalgie d’azur sans cesse éveillée. 
Je te briserai exil dévorant. 
Mais je sais bien que les quais de gare 
Quand on aime les villes de tant d’amour, 
Mouillent de larmes l’heure de départ 
Car on aime les gens et on aime tout court. 
Et ça vous casse le cœur en morceaux 
Même s’il chante Paris sans lenteur, 
Même s’il bât pour les matins nouveaux 
Quand s’ébauche un rayon de bonheur.