Nathanaëlle Janed

 

   

Iris 

Quel talentueux styliste aurait su créer 
D’aussi nobles et gracieuses robes de bal ? 
Ces froufrous de soie, exquis sépales ondulés… 
Resplendissantes corolles impériales, 
Une valse viennoise pour une onde bleue 
Tourne dans ma tête sitôt que j’admire 
Les tons subtils de vos pétales capiteux. 
Stupéfiantes harmonies, je vous vois fleurir, 
Vous dérouler lentement et vous défroisser… 
De votre saisissante magnificence, 
Le jardin, au Printemps, éminemment paré 
Ne possède plus, l’Été, même prestance. 
Envolée l’extraordinaire splendeur ! 
Le bal est terminé et rien ne perdure. 
Fleurs oniriques, ô iris de mon cœur, 
Romantiques rapsodies de la Nature, 
Du seuil d’Avril au terme de Mai, l’an prochain, 
Revivra encor ce festival de senteurs. 
Vos vives couleurs réapparaîtront enfin ! 
Alors, avec patience, j’attendrai l’heure… 







Luciadagen 

Pétillantes flammes de Décembre, 
Jolies lumières du Nord se cambrent, 
Viennent, vont et s’agitent dans la nuit… 
Car ces vives et ardentes bougies, 
Ramilles d’airelles entremêlées, 
Couronnent les soyeux cheveux dorés 
Des filles radieuses et graciles 
Qui, vêtues d’aubes pâles, défilent. 
Beautés enfantines si touchantes, 
Charmantes candeurs adolescentes 
Habillées de luminescence, 
Auréolées d’incandescence… 
Merveilles dans la neige de l’Hiver, 
Magie du blanc et de la lumière… 
Ce matin on fête Sainte Lucie. 
Filles de Scanie, de Dalécarlie, 
Offrez pains au safran et café chaud, 
Glögg et pain d’épice sur un plateau. 
Foyer, ville, quartier petit ou grand 
Voit sa Lucia accompagnée d’enfants. 
Chaque Garçon d’Etoile qui la suit 
Tient dans sa main une bougie. 
Feux d’espoir dans l’ombre hivernale, 
Heureux cortège d’effets d’opale. 
De l’an suédois, c’est la plus longue nuit, 
Alors, Karin, Brita, Bjorn et Kersti 
Entonnent tous les chants traditionnels. 
Oui, dans quelques jours brillera Noël… 







Magiciens du ciel

Élégances étranges 
Sur tissure azurée, 
Telles des ailes d’anges, 
Rondeurs et reliefs déliés, 
Mouvants cumulostratus 
Fantasques et capricants, 
Drôles de cumulo-nimbus 
Ou cumulus de beau temps, 
Vous laissez deviner 
Le temps d’un bref instant, 
Un fougueux cheval ailé 
Qui, prodigieusement, 
Se cabre sur l’Olympe. 
Va Pégase survoler 
Ces marmottes qui grimpent 
Sur des choux-fleurs pommelés. 
Zéphyr le lunatique 
Entraîne le gai coton 
Et un Chinois magique 
Se transforme en dragon ! 
Souffle Eole encor, 
Parait un bébé joufflu 
Chassé par un quatuor 
De petits rats en tutus. 
Est-ce un aigle des mers 
Qui, souplement défile 
Ou une tortue des airs 
Qui vogue et puis file 
Cet écheveau blanc de laine 
En méduse aérienne ? 
Pendant quelques secondes, 
Notre imagination 
Court, rit et vagabonde… 
Car certains devineront 
En ces silhouettes ouatées 
Le visage bourbonien 
De l’un des Louis perruqués 
Ou d’un vieux prof de latin ! 
Où si vite vous volez 
Nuages opalescents ? 
Nous faire rire, rêver, 
Vous en avez le talent ! 
Nuages caméléons,
Pour le plaisir de nos yeux, 
Revenez avec Aquilon 
Votre camarade de jeux ! 






Farandole 

C’est Carnaval ! Mais pas celui de Venise… 
Car aujourd’hui la Nature se déguise 
En miel, en cuivre, en ambre, or et rouge. 
Les feuilles valsent, tournent, roulent et bougent. 
Saveurs de raisin, de châtaignes et de pommes… 
La musique est celle du Vent de l’Automne. 
Vers quelle contrée vous éclipsez-vous ainsi, 
Ô ardentes feuilles pourpres et cramoisies ? 
Danser ! Disent-elles en suivant la rafale. 
Le singulier tramway qui les emmène au Bal, 
Là-haut, dans un château, sur une nue ouatée. 
Hèle Zéphyr, avec nous il va t’inviter ! 
J’appelle le Vent qui aussitôt m’entraîne 
Au Bal fastueux du Château de ces Reines. 
Là où les feuilles se transforment en femmes… 
Dès leur prompte arrivée, on les acclame 
Car leurs somptueuses robes aux lignes pures 
Gardent les tons de leurs automnales parures. 
Zéphyr, le lendemain, ici m’a ramenée, 
Mais les feuilles-femmes sont au Bal à jamais ! 







NUMEROCOLORAMA

C’est ainsi depuis l’enfance, pour moi, 
Les chiffres, l’alphabet, les jours, les mois, 
Tout s’impose, s’amuse en couleur 
Sans jamais s’enrouler de noirceur. 
Au chiffre UN, marine j’associe. 
Volonté et action, il signifie. 
Un DEUX en rose pastel ou bonbon ? 
Il illustre les accords de l’union. 
Lavande ou pervenche pour le TROIS ? 
Il est artiste, l’expression du moi… 
Le QUATRE vibre en bleu et violet. 
Ordre et méthode pour le travail bien fait. 
Jaune soleil offre CINQ rayonnant, 
Libre, novateur et indépendant ! 
Une couleur vive rejoint le SIX. 
La passion joue rouge en harmonie. 
Le SEPT se dévoile en bleu lagon. 
Calme, philosophie et réflexion… 
Le HUIT, vert tel un trèfle de sous-bois. 
Mais vraie richesse se cache en soi ! 
NEUF, j’hésite… Gris perle ou beige ? 
Car le dévouement est blanc de neige ! 





Petite Julie 

Ô mon tout petit bout de chat tout gris,
N’étais guère plus grand qu’une souris… 
Sur le monde, deux yeux ronds grands ouverts, 
Vifs et doux, tantôt dorés, tantôt verts… 
Chaton si timidement arrivé, 
Il a presque fallu t’apprivoiser. 
Peu à peu, tu nous as adoptés lentement. 
Tu sentis que, au fil des ans, en grandissant, 
Tu n’aurais pas à te méfier de nous, 
Pas même de notre bon gros toutou, 
Ta sœur de cœur qui déjà t’aimait bien, 
T’entraînant sitôt dans ses jeux taquins. 
Mon petit esthète si raffiné, 
J’aimais ton caractère réservé 
Et tes trésors d’infinie tendresse 
Pour chaque baiser, chaque caresse. 
Ta sincérité et ta tolérance, 
Ta philosophie, ton intelligence, 
Petit Maître, j’ai tant appris par toi ! 
Nous avons partagé tant de joies. 
Quand, installée au jardin, je dessinais, 
Tu venais voir si le tableau te plaisait. 
Par tes deux paupières, un battement, 
Ton avis m’était donné sur le champ ! 
Tu respectais ma nature d’humain, 
Mes envies de te faire des câlins. 
Moi, devant ta nature de félin, 
Je me fiais au baromètre certain : 
La queue du chat, balancier de la patience… 
Petit Amour pétri de la bienveillance, 
Ma petite fée aux yeux de jade, 
Tu t’inquiétais quand j’étais malade. 
Un jour, un vertige et je m’allongeais. 
Comme une infirmière, tout près, 
Tu es restée là pour veiller sur moi. 
Loin d’être seule, j’étais avec toi. 
Quand le rose a reconquis mon teint, 
Rassurée, tu regagnais le jardin. 
Un regard avant que tu ne sortes 
Pour dire, je serai près de la porte. 
Dans ce jardin, pour moi, parcours du combattant 
Pour capturer ton image, cliché charmant, 
Du gazon aux arbres, à ta hauteur. 
Si tu le décidais, parmi les fleurs, 
Vers moi te tournais et là, tu posais ! 
Je garderai cet album de portraits. 
Dites-moi quel animal pourrait se vanter 
D’avoir fait derrière lui un humain ramper ? 
La grâce de ta patte agile 
Cherchant à saisir tout ustensile, 
Ton regard toujours curieux, stupéfait, 
Au long de ta vie, toujours m’enchantaient. 
Portes closes ? Manu militari, 
Tu les ouvrais toutes d’un bond précis. 
Ma starlette de velours, mon P’tit Cœur, 
Aimant les croissants, goûtant le beurre… 
Ton col et tes quatre pattes gantées de blanc 
Accentuaient ton air délicat et élégant. 
Tes coussinets, sous tes pattounettes, 
Roses, jamais noirs, restaient pourtant nets 
Lors de tes nocturnes escapades. 
Quand, au retour de tes cavalcades, 
Heureuse, tu rentrais un peu crottée, 
Il fallait te laver, sécher, brosser, 
Grognant, ronronnant, tu laissais faire. 
Après la toilette, en colère, 
Sur ton chemin, tout partait par terre ! 
Tes jouets, trousseaux de clés, cuillères… 
Petite Chérie, Petite Julie, 
Sans bruit arrivée et sans bruit partie
Tu quittas cette vie discretement,
Mon tout p’tit bout de chat, mon grand tourment. 
Un crabe ourdissait en silence, 
Un jour, tu as toussé la souffrance. 
Mais de quel droit l’horreur de la maladie 
S’attaque-t-elle aux êtres si petits ? 
Ce vide que tu laissais en partant 
Déchire mon cœur depuis déjà dix ans. 
En ce parc tu reposes sous un rosier, 
Son odeur d’abricot, tu l’aurais humée… 
Ô mon p’tit chat gris, mon gros chagrin, 
Toi qui, en fermant les yeux, aimais bien 
Respirer le parfum du mimosa, 
Plissais ton joli nez sur le lilas… 
Y a t il un jardin dans les étoiles 
Doré par la lumière matinale ? 
Je savais ta tendre sensibilité, 
Ta confiance, notre complicité… 
Ton regard inquiet, je le rassurais du mien, 
Mes émotions, tu les comprenais si bien. 
Ô petite vie, trop tôt, trop vite enfuie, 
Souvent je pense à toi, P’titre Julie… 








Plouf ! 

Accroupie sur feuille de nénuphar 
Entre deux couronnes blanc bulgare, 
Très vite se précipita dans l’eau.
Alors, sur la fine tige d’ajonc 
A rejailli une goutte de l’eau. 
Quel adorable petit plongeon ! 
Si charmant que j’en ai souri, amusée, 
Admirative, presque émerveillée… 
Car une autre goutte éclaboussée 
Arriva là, sur le bout de mon nez ! 







Prélude de l’Aube 

Dans la nuit finissante, je la devine 
Auréolée d’un halo de brume fine 
Accomplissant pour Dame Nature 
Un rituel prestigieux ravissant et pur.
Cette nymphe vêtue de perles d’eau de Pluie, 
La chevelure mélée de muscaris,
Est assise au bord d’un paisible ruisseau 
Qui court entre les nuages, tout là-haut… 
Elle y baigne ses bras et, délicatement, 
Près de ses lèvres les relève doucement. 
Puis, elle souffle dans l’eau, au creux de ses mains. 
Aussitôt, la campagne et tous les jardins, 
Bien avant que ne sonne l’heure du matin, 
Reçoivent la rosée à l’éclat diamantin. 








Primula Véris 

De campagne verdoyante en matin frais, 
Dès l’avril, impatiemment j’aime à guetter 
La naissance discrète des jaunes coucous, 
Chaque année si fidèles au rendez-vous 
De l’éveil bucolique, pourquoi ces fleurs-là ? 
Je les aime, pourtant je ne les cueille pas. 
Jamais je n’arracherai à la Nature 
Ses premières et délicates parures. 
Il m’est privilégié bonheur de contempler 
Ces tendres prémices du Renouveau coquet. 
Quiètes clochettes, infimes flocons de soie, 
Derrière mes pas, ni vide, ni saccage, 
Sur pellicule, pour vous point de désarroi, 
Je n’emporte que votre douce image. 






Renouveau

Au plus profond de mon cœur, quelque part, 
Souvenirs entassés dans un placard… 
Je voudrais les exposer au musée, 
Parfois dans une malle les cloîtrer 
Au coin du grenier de mes idées noires 
Sans tous les effacer de ma mémoire. 
Bouts de vie dans l’histoire de ma vie, 
Mal rangés, mélangés, faisons le tri… 
Je garderai seulement le meilleur 
De toutes ces années vécues ailleurs. 
Ailleurs ? Mais pourquoi ? Car cet ailleurs-là, 
Ma ville, c’était pourtant bien chez moi ! 
Mais le temps ne pâlit que les photos. 
Je sais l’exil, la force de ses maux. 
Même si Paris et ses boul’vards sont loin, 
Ils peuplent mes songes et mes dessins. 
Si l’Opéra reste rêve d’enfant, 
Si les bateaux ont fui sur l’océan, 
Je n’égarerai pas la clé du musée, 
Peut-être même pas celle du grenier, 
Car un jour, sonnera pour moi l’appel 
Du bonheur pour une vie nouvelle. 
Alors d’autres voiliers blancs dans ma vie 
Entraineront mes espoirs vers Paris. 
Quelle fée, quel éminent magicien 
Gratifiera les cartes du destin ? 
A mes stylos, j’ai des pages à écrire ! 
A mes pinceaux, j’ai des toiles à embellir ! 


 




Secret 

Ô souris moi encore mon bel Arlequin ! 
Il est vrai, je ne te connaissais pas bien… 
Tu montrais cheveux bruns, yeux d’aigue-marine, 
Mais sans le vouloir, cachais ta mandoline. 
Je n’avais pas encor deviné que ton cœur 
Était celui d’un Pierrot un rien plus charmeur, 
Un rien espiègle, face cachée de Gémeaux… 
Auprès de ton nom d’Italien à Venise, 
Viens résonner un prénom, comme un écho 
Des fjords et des mers fraîches en Pays de Nord, 
De paysages verts et boisés des abords 
De ton beau Danube et de la Tamise. 
Alors ta délicatesse s’est dévoilée… 
Je te trouve comme je n’osais te rêver, 
Tendre comme l’enfant que l’on veut embrasser. 
Notre douce amitié vivra l’éternité. 
S'il te plait, joue encor, chante encor pour moi !
Ta musique me trouble autant que ta voix. 
Tu écris des mots sur des notes en couleur. 
Tu m’éveilles et je ne sais par quel bonheur 
Je m’envole, sans ailes, vers la Voie Lactée, 
Loin de la Terre, bien plus haut que les nuages… 
Arlequin l’indocile est doux et sage, 
Rêveur, sensible et fragile, qui l’eût cru ? 
Vite repartons sur ces voiliers de nuées, 
Là-haut, sur ce lac limpide, bleu et lisse 
Où de longues tulipes jaunes fleurissent 
Entre coquillages et galets moussus...
Ô mon trésor, mon ami, 
J’aime l’amour infini 
Que tu portes à ton chien. 
Gardes ma main dans ta main. 







Souvenirs au Vent Salé 

Venus de l’ouest, les nuages joufflus et lents 
Survolaient ce ruban mouillé plus étonnant 
Que les galets de mer roulés, ainsi usés. 
Là, je pénétrais en l’Ile de Noirmoutier. 
Cordon ombilical l’enfantant du continent, 
Un gué découvert puis recouvert par l’océan, 
Séché par le vent salé lorsque l’eau décroît, 
L’intriguant, portait un nom : Passage du Gois. 
Du Moulin de Barbâtre à la Guerinière, 
Tous les chemins menaient au port de l’Herbaudière. 
D’emblée, j’ai aimé l’Île de pêcheurs marins, 
Terre Chouanne de folklore vendéen. 
A travers les marais salants, par amitié, 
On m’offrit le savoir-faire des paludiers. 
Je retrouve l’enchantement des couleurs 
De ce soir d’Eté de l’août, vers dix neuf heures… 
Les prés, sous le soleil penché vers l’horizon, 
Tissaient des tons fauves, ambrés de miel trop blond. 
Le marine teintait le profond des étiers. 
Ambiance de cette pêche aux carrelets… 
Une ligne ! Pour prendre des poissons futés. 
Pas même un seul ne s’est laissé attraper ! 
Mes crevettes et mes appâts, qui les mangea ? 
L’extravagant crustacé qui à chaque fois, 
A la pointe de mon hameçon remontait. 
Dans l’eau, obstinément, je le reconduisais. 
Qui tirait alors sur ma ligne illico ? 
Ainsi, ce soir-là, quel festin de bon fricot 
Pour l’obstinée et facétieuse étrille ! 
Dans mon cœur ce souvenir encor pétille, 
Car petit crabe, je dois pourtant le dire, 
Il est vrai, j'ai adoré te faie plaisir !
Par le Bois de la Chaize, une escapade 
Découvrais le château de bois de l’estacade. 
Sur la Plage des Dames, en s’attardant, 
On entendait les secrets de l’Océan 
Filer entre les cabines de bain blanches… 
L’Ile, la reverrai-je par quel dimanche ? 
Elle était radieuse par temps bleu, temps gris, 
Je m’abandonnais à ses hasards splendides… 
Des lumières du matin aux nuances du soir, 
J’aimais y écouter le Vent à l’heure de pleuvoir. 






 

UNE BOTTE DE TULIPES JAUNES

 

 Lorsque, la première fois, je l’ai vue,
Juste au coin de la grande avenue,
Là, tout près de la station de métro,

Etal en bois posé sur des tréteaux,
Elle souriait, la marchande de fleurs…
Des tulipes de toutes les couleurs
Aussitôt m’ont attirée vers elle.
Je m’en souviens bien, mam’zelle !
Ce jour-là, météore inattendu,
La neige tournait autour de son fichu.
Jolie fleur sous giboulées de printemps !
J’ai choisi le jaune le plus chantant.
J’emportais avec moi cette fraîcheur,
Félicité de mars et sa candeur.
Charmes de ses toutes premières heures.
J’ai approché le bouquet près de mon cœur,
A l’abri, sous mon rouge parapluie.
L’inconnue aux joues rosies par l’air vif,
Aux gestes discrets remplis de douceur,
Détaillait ses brassées de bonheur
Sur l’un des mille trottoirs de Paris,
Pour chaque cliente, un mot gentil,
Au temps où j’étais encor étudiante,
Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente,
Ou le soleil éclatant au rendez-vous,
Devant les glaces de la brasserie où
L’on écaillait les huîtres à toute heure…
Vend-t-elle ses gerbes de couleurs
Debout au même endroit aujourd’hui ?
En fermant les yeux, j’espère que oui…
 

 

 

 



Nice to meet her 

Au cœur des Costwolds, un soir d’orage,
De l’autre côté du Channel, m’attendait
Un lord distingué, savant et sage,
En son manoir palladien, tel un palais,
Où il m’avait invité gentiment.
Miss, vous voici ! Mais vous verrez demain
Campagne et jardins si rutilants !
Vous découvrirez au petit matin
Les perles et les diamants éphémères
Qu’elle aura, dans sa folle danse,
Semés avec entrain sur la Terre
Enfin vous ferez sa connaissance
Pendant le five o’clock tea !
Ô amie, elle sera enchantée…
Elle sait, vous aimez sa compagnie
Depuis toujours, son pétillant attrait.
Elle viendra, accompagnée bien sûr,
Par un nuage devant ma porte
Qui la posera sur la verdure…
Sans chaussures, car jamais n’en porte !
Vous admirerez quand elle entrera
L’azur de son troublant regard clair,
Ses cheveux lisses flottant le long des bras,
Et, sous la fluide atmosphère,
Sa robe de gouttes d’eau irisées
Qui, à notre Terre offrent la vie.
Tel un mage espérant une fée,
Il m’a dit : la Pluie est une lady…

 







Domino Surprise 

Non, je n’ai absolument pas rêvé ! 
Je l’ai deviné dès que je l’ai vue ! 
Mais comment a donc bien pu s’avérer 
Cette idée hautement saugrenue ? 
Néanmoins, il s’agissait bien d’elle ! 
Il ne pouvait en être autrement… 
Parmi l’originale kyrielle 
De mondains conviés chaleureusement 
Au bal costumé, ce soir en ville, 
En ce séculaire et beau châtelet, 
Elle se tenait debout, immobile, 
Dans le salon éclairé et me fixait 
Au milieu de ces masques distingués 
Et ces habits aux cols de guipure. 
Certains brillaient d’originalité 
Et d’autres rivalisaient d’allure… 
Sous cape cuivrée, son corps de féline 
Portait redingote de velours noir. 
Une lavallière de soie violine 
Nouait sa chemise blanc d’ivoire. 
Lorsque sa main, d’un geste gracieux, 
Fit adroitement pivoter son loup, 
Un teint d’albâtre et de grands yeux bleus 
Illuminèrent son sourire doux. 
Dans sa blondeur mâtinée de châtain, 
Brasillait une pluie d’étoiles d’or… 
Ebahie, je réalisais soudain 
Avec combien d’insistance encor 
Je détaillais curieusement la Belle. 
Sans cacher ma surprise si preste 
A cette onirique jouvencelle, 
Je courais voir la voûte céleste. 
Or, de clarté, il n’y en avait pas ! 
Mais sachant que je l’avais reconnue, 
Amusée, elle me décocha
Un clin d’œil amical et entendu ! 
Alors, spontanément je souriais 
A la Demoiselle de si loin venue 
Pour ce rendez-vous improvisé, 
Fabuleuse rencontre impromptue… 
Car c’était bien elle ! Oui… La Lune ! 
L’astre couleur de lait, couleur de miel, 
Le croissant, la lumineuse prune, 
Mirabelle allumée dans le ciel…