Kacem Loubay

 

 

 

 

 


Autodétention 

On confisque mes récents rêves 
Mes anciennes visions 
Mes diverses revues 
Mes écrits périmés 
On m'incarcère quelque part 
Derrière les remparts du silence 
On me harcèle 
Je vis dans la strangulation des efforts 
Mon gosier sec réclame l'eau tarie 
Mes cordes vocales désarticulées 
Malgré tout, mes yeux conservent 
Le déluge des années de plomb 
J'ai en face de moi. 
Le même décor, les mêmes acteurs 
Une barrière invisible de fer barbelé 
Ma prison est à ciel ouvert 
L'espace de mes mouvements obstrué 
Les oiseaux refusent de s'y installer 
Mon lit est un banc de marbre 
Mon éclairage : 
Une simple lucarne grillagée 
Où la lumière du jour 
Refuse de pénétrer. 
Mes mains qui épousent le rachitisme 
Vivent dans l'inertie de tout mouvement 
Quant à mon corps encombrant 
Une charpente osseuse, flasque 
Titube tout le temps. 
C'est un lourd tribut des temps modernes 
Testament de vulnérabilité 
Quand le cauchemar s'éternise 
Qu'on vit derrière des barreaux vitrés 
Quand les cerbères sont omniprésents 
Et fouillent les débris de mémoire 
Je décide de laver le cerveau 
De réduire les jours de ma détention 
De détruire mon cercueil ambulant. 
Je me réveille en sueur 
Ma demeure est toujours ma demeure. ! 
Mes écrits clignent des yeux 
Mes mains enfin libérées 
Traduisent la dimension de l `aération. des jours 






Auprès du lac 

Le lac m'envoûte de ses belles prunelles
Souriant je sombre dans sa profonde solitude
Les gigantesques cèdres m'envahissent de leurs ailes
Je m'écrie davantage sous ma béatitude

Je lave mes yeux de la laideur de la ville
Je purifie l'âme de la moiteur du chagrin
Je pénètre ce nouveau monde au règne tranquille
Ecoutant au fil des heures les mille refrains

Je ne suis pas le seul qui cherche l'évasion
Mille êtres sont là éperdus d'émerveillements
Je parle à la paisible et riante région
Où la nuit je suis la lune au firmament

Une adorable nymphe aux cheveux couleur d'ébène
Me parle derrière le silence de sa beauté
Pour une fois je perds l'angoisse de mes peines
En priant pour celle qui m'illumine de clarté

L'été pour fuir mes longues et pénibles insomnies
Je m'adosse à quelque arbre auprès d'une source
Les heures glissent fascinées par les mille harmonies
Et dans l'eau ouverte je suis la lune et sa course

Je médite encouragé par les chants d'oiseaux
Je vogue ainsi libéré des chaînes maudites
je chante tout seul, oscille comme un roseau
Guéri je retourne à la cité qui s'inquiète...








A une sirène
à R.M.Mottier

Ma lyre délaissée s'est plainte
A une lune nostalgique
Que les cordes oisives de l'aube
Je vois la tristesse émerger
S'emparer des yeux du firmament
Chaque étoile pleure sa solitude éternelle
Et la nuit voyage dans la nuit
Et la nuit sombre dans la nuit
Ma nuit raccourcie vit dans son écrin
Et je n'entends que des sanglots
Qu'attisent les cendres des feux intérieurs
Traverser le toit fébrile de ma demeure
Ô âme errante redescends sur terre...!
Reviens habiter le reste de mon corps
... Et ma rive lointaine s'oublie
A la lente cadence des jours disparus
Et les rameurs silencieux
Avancent dans le lac de mes yeux
Les avirons frôlent l'onde endormie
Et emportent très loin tous les échos...
Tu vois, j'abandonne mon vieux promontoire
Ecrase une fois de plus ma longue fierté
Nulle force ne peut me retenir à cette hauteur
Et je retourne à notre ancien rivage
Où j'ai quitté une plume rebelle
Une petite sirène sillonne l'univers des océans
Et ne donne plus signe de vie...
Dans ma solitude retrouvée
Nulle femme ne peut prétendre
Me rendre de nouveau heureux...
Et j'essaie au passage d'une étoile filante
De revivre mes derniers revirements
Ta légère main tisse encore des rêves
Où tes mots ne font qu'épouser mes mots
Et bras dessus, bras dessous
Nous survolons nos deux frontières
Les ailes déployées dans l'espace de nos écrits
Pour revivre dans l'intimité de nos...appels






Espace de la nuit

… De mon promontoire je vis
Et je note le défilement des pages
Je souris aux lèvres souriantes
Et je lis la joie dans les prunelles
La chaleur du cœur est transparente
Comme une vitre ouverte sur le printemps
Et j’écris de la douceur de la main
Sur mon carnet de voyage
Combien est cristalline cette eau
Qui descend des cimes de l’âme… !

J’oublie les cris du soir
Quand tout s’endort
Et que le firmament m’ouvre sa voie
Où les étoiles jouent avec la lune
Dans le lac ébloui par la sérénité
Je ne fais qu’écouter les battements
De chaque étendue d’eau pétillante
De chaque goutte pailletée de lumière
Et je me laisse emporter
Par les rires du vent
Qui dessinent avec les arbres
Mille toiles sur la face de l’eau… !

Je deviens un autre
Nulle solitude n’a de prise
Sur les ailes de la pensée
Je vis l’ivresse de la nature
Et je me vois un autre
Qui valse avec les chants des étoiles
Et embrasse l’espace de l’espoir étoilé…






... Et tout continue 
à Cécile Verhaever 

Tu sais, j'ai une myriade de muses 
Elles sont présentes dans mon esprit 
Lorsqu'une d'elle s'égare de ma nuit 
Une autre est en état de veille 
Et de l'ensemencement des années 
Je ne cueille que quelques fleurs sauvages 
Le reste vit encore dans des vases fermés 
Que j'irrigue de mes larmes salées 
En attendant des fois qu'elles soient libérées 
Je suis et reste dans l'état de liberté provisoire 
Et mes aveux ne font qu'accentuer mon isolement 
Mon amitié est un arbre multiforme ignoré 
Qui existe au carrefour des allées et venues 
Sur un axe limité des horizons sciés 
Des montagnes qui surplombent un cratère 
Où végètent les habitants de ma sombre cité 
De l'indifférence de tous les murs bariolés 
Je rejoins le plus souvent un essaim d'hirondelles 
Qui s'en vont à la conquête d'un autre soleil 
Et nous nous envolons tous dans les cieux 
Et sans regret je bas de mes ailes renouvelées 
Pour m'éloigner de ces profondeurs à tout jamais... 
Je hisse souvent le voile de ma barque solitaire 
Et je m'engage dans de nouvelles aventures 
Dresse pour le lointain séjour d'autres repères 
Je prends le large pour une longue croisière 
Dans l'espoir de tout oublier... 
Dame nature, amie inséparable de mes changements 
M'ouvre les bras, se confesse, et j'écris 
Mon souffle perturbé ne fait que délirer 
Et de la page où ma plume se déchaîne 
L'encre noire du tumulte jonche les lignes 
Tatouent à vif mes différentes pulsions 
J'oublie et je m'oublie dans mes profonds cris 
Un fois mon océan houleux retrouve son calme 
Je m'allonge les yeux ouverts, l'âme est ailleurs 
Quelque part sur l'autre rive ensoleillée 
D'autres muses continuent mon éternelle complainte 
Deux rives séparées pourtant très rapprochées 
Il suffit de lancer nos rimes pour faire... une passerelle 








Juste un écart ...
à A. Syrine

... J'édulcore mon rêve changeant
Et je le mets souvent en veilleuse
De la table nue de mon chevet
Je lacère une feuille griffonnée
Et libère une autre page vierge
La vie est un continuel fleuve
Où s'embarquent toutes les destinées
Les uns suivent le courant agité
D'autres essaient d'accoster
J'oublie la rage des tumultes
Je purifie de nouveau mes prunelles
Dans la divine rosée des rosiers
Hier ma légère barque échouait
Aujourd'hui je change de monture
Et je me laisse dévier
Je suis sous l'envoûtement d'oiseaux
Qui s'en vont en file en exode
L'appel leur parvient de loin
Et l'écho colporté par les vents marins
Vient murmurer à mes oreilles
Je ne fais qu'éteindre mille flammes
Et je me dis : Un seul cierge suffit... !
Pour éclairer l'étroit chemin
Qui mène à une demeure désolée
Des fois, poussé par un fou désir
Je scrute la page du firmament
A mes yeux les étoiles semblent danser
Avec de blancs nuages de passage
Au fond de moi tout se clarifie
Et les fibres nostalgiques d'un coeur
Et une âme au bord de la dérive
Je tends des mains encore givrées
Tâtonne sur les parois lisses du temps
Et une porte cochère s'entrouvre
Pour permettre à mon regard de voyager
Plus de plaintes...; : Je suis guéri... !
Je suis l'ancien parchemin tracé
La - haut, quelque part dans le grand cosmos
Ou au - delà de cette terre que je foule
Mon ombre courbée retrouve une lueur
Mon corps langoureux un autre tonus...
... Je sais que personne ne m'attend... !
Que mon toit vit d'orphelinat
Telle est la courbe plongeante de mon sort
J'accepte le verdict de l'oracle... !
Il paraît, comme on dit ; je suis né
Par une nuit d'éclipse inattendue
Il paraît encore ; l'orage passée
Une étoile filante s'est écrasée
Dans l'encre en fusion du fleuve
Depuis lors je porte le rêve en bandoulière
Je le trimballe partout dans mes voyages
Et au lieu de se présenter de face
Il demeure accroché à l'ubac de la falaise
Ainsi je ne cesse de peindre l'errance
Les mille mouvements embryonnaires
Sous la symphonie des chants du... crépuscule







La puissance des mots...

... Et je reste toujours sous l'effet de mes mots libérés...

... Je change souvent de montures 
Celles de mes verres de lunettes 
Et l'autre : la plus fertile 
Ma plume, ma compagne des jours... ! 
Je purifie de nouveau les yeux 
Enlève l'opacité de la cataracte 
Pour permettre à ma floue vision 
Un autre espace ouvert 
Et un horizon à l'état virginal 
Dans le lac de la vie 
Soumis à tous les changements 
A tous les décors mouvants 
A toutes les peintures des saisons 
Le lac sublime des évasions 
Me donne la possibilité de l'errance... 
Comme ces plantes aux profondes racines 
Qui s'en vont chercher de nouvelles sèves 
Dans le coeur de la terre ancestrale... 
J'ai vécu dans toutes les hibernations 
Mes pensées vivaient dans le silence 
Et je les laissais dans les silos de l'enfance 
Ou ce sont-elles qui me délassaient 
Je ne sais plus... ! 
Pour moi chaque jour est un voyage 
Chaque instant une gestation 
Que j'essaie d'enfanter loin des regards 
Je refuse le baptême des monuments 
L'inauguration des sites oubliés 
Et je reste en équilibriste 
Entre le délire du passé 
Et ce présent, Ô combien aléatoire... ! 
Mes amis il est difficile de lire 
D'intercepter les trames des messages 
De changer les modules de la musique 
Et la fréquence des battements de l'âme 
Je suis qui ? 
Et puis je ne sais plus... ! 
Une simple étoile filante 
Echappée du règne du firmament 
Qui passe au dessus des têtes 
Une boule de feu qui dévale l'espace 
Sous le regard apeuré des autres étoiles 
Et qui finit par s'éteindre 
Dans les bras de l'éternité... ! 
Amis des autres rives inexplorables 
Je change souvent de position 
Je change parfois de cap 
Je suis un apatride de l'écriture 
Qui vit dans différentes dimensions 
Je vis de plus en plus de l'inassouvissement 
Pour accéder à l'inachèvement des toiles 
Quoique mes sombres pensées 
Surgissent du tunnel de la mémoire 
Donnent un terne éclat au feu de l'âtre 
Pour finir dans la froide nuit des cendres 
Grisâtre, noirceur des teintes déteintes 
Des notes griffonnées d'un laps séjour 
Sur cette espèce de galère : ma vie... ! 
Chacun de vous exprime ses voyages 
Dénoue les lacets de ses mots 
Pour laisser d'autres empreintes 
En peignant l'axe du temps de ses visions 
Je subis l'avalanche des souvenirs 
Glane les uns après les semences 
Les autres à la saison des récoltes 
Et dans un coin reculé de mon monde 
J'essaie de remettre les pieds sur terre 
Et à la lueur d'un papillon de nuit 
Je laisse à l'encre fluide de mes pensées 
La force de voler au temps le temps 
Et sur la page volante de l'espace 
Captée lors de son détachement de l'arbre 
Comme elle me ressemble dans sa descente 
Nous scellons dans l'intimité notre rencontre 
Elle comme substrat d'une toile de fond 
Et moi comme un simple... voyageur de passage 








Le poète

Il est là, il est ailleurs...
Adossé aux vestiges du temps
Gardien de tous les patrimoines
Il serpente les flancs des montagnes
Garde la falaise contre l'oubli
Contre l'érosion de la mémoire
Il prend sa source dans ses pensées
Accompagne la brise dans sa course
S'infiltre comme une ombre
En traduisant ses errances...
Des fois il vit en solitaire
Un ascète qui essaie de s'oublier
Des fois il est parmi les autres
Perdu dans l'anonymat des méditations...
Il est une silhouette en filigrane
Un arbre qui pousse partout
Une eau qui ne tarit jamais
Il est le silencieux, le rêveur...
Il n'a pas d'attache fixe
Il est libre de circuler comme le vent
De franchir toutes les frontières
D'atteindre toutes les dimensions
Il n'a pas besoin de visa...
Il peut crier, vivre, créer son monde
A la mesure de ses ailes mouvantes
Il chevauche sa fertile plume
Croise le fer à la fluidité de l'encre
Il peint les horizons les plus lointains
Les mers les plus profondes
Les lacs inconnus des explorateurs...
On ne peut lui mettre de bâillon
Ni lacérer le parchemin de ses visions
Ni lui enchaîner les mains et les pieds
Ni le réduire au silence...
Il est la révolte personnifiée
Il est là, il est ailleurs : lui l'inconnu... !
Il fait naître les notes colorées
Les musiques sacrées des transes
Il donne aux arbres dénudés les feuilles
Aux rosiers fanés les arômes
Au désert le mouvement des dunes
Aux palmeraies la quiétude de l'espace
Il fait avancer et reculer le temps
Ramer sans rame à contre courant
Fait chanter les oiseaux muets
Fait étinceler les eaux stagnantes
Si on se penchait sur lui... ?
On découvrirait un autre être
Quelqu'un qui vivait d'incompréhension
Quelqu'un qui vivait dans l'âme des autres...
Il est là, il est ailleurs, il est partout...
Il est le solitaire, il est le rêveur...
Il est le peintre de l'ombre
Qui ne fait que peindre ses sentiments
De la diversité de ses mille... évasions








Sans date ni lieu ni titre

Plus dur dans le chaos
Dans la tourmente
Un nom vite échauffé
Un nom très vite effacé
De l'ardoise céleste
Ainsi tout devient
Un drame pour des choses vite ignorées
Pour des jours vite écoulés
Pour des gestes vite sombrés
Pour la paix de l'esprit
Pour le retour vers les sources
Pour le cri pluriel qui sort des lèvres ferrées
J'ai juré d'Etre
Avant d' ê.t.r.e.
J'ai juré de parler
Avant la p.a.r.o.l.e.
Car ma langue ...
Qui casse les blocs de pierre
Dans la carrière sombre de la faim
Dans la carrière du temps de la révolte 
Dans le temps des mots ré - inventés
Dans le cahier d'écolier ré - examiné
Dans le travail déshonorant
Dans la fuite quotidienne
Dans les peintures rêvées
Dans mes rêves dévalués
Dans mes pulsions anesthésiées
Cette langue esclave des temps les plus lointains
Cette langue ré - ouverte 
Re - découverte
Se brise l.a.m.e.n.t.a.b.l.e.m.e.n.t.
Sur une miche de pain noir
Gagnée à la sueur de mes mains de forçat
De mes mains migratrices 
Dans l'univers de l’OUTRE - MER 
Au - delà du Détroit
Du bleu de l'Océan 
Sur une mer si profonde
Si cruelle
Si rebelle 
Si galérien 
Dans le ventre froid de la terre 
Où je deviens une taupe humaine
Si noire
Si répugnante
Si déshumanisante








Au gré de nos plumes
à NISSOIS « Lecouret »

…Je ne fais que caresser les mots
Jouer avec la sculpture de l’alphabet
Toute lettre a son propre charme
Et elle s’emboîte souvent aux autres
C’est la loi de toute langue…

Je ne peux voir la brise
Ni la toucher de mes mains nues
Mais je peux la voir autrement
Quand elle fait danser les champs de blé
Ou quand elle écrit ses vers
En faisant bercer la page de l’eau
Je vis sous la séduction d’une nymphe
Lorsqu’elle me chuchote : Je suis à toi
Suis-moi au bord de l’étang où le silence règne
Sillonne avec moi le mystère des bosquets
Là où les amoureux frissonnent de passions 
En se confiant le fond d’un cœur enflammé…

Je refoule des fois le désir des jours
Car pour moi la nuit est une alliée
Elle est mon unique messagère
A qui je conte le passage de mes muses
Quand une page vierge me sourit
Je m’oublie dans la texture des visions
J’esquisse sous le charme du verbe
Le parchemin de toutes les aurores
Et je joins des fois le chant du crépuscule
Une touche d’encre argentée
Enrobée d’un voile aux contours vermeilles…

Et tout crisse comme sur les feuilles mortes
Aux pieds des arbres dénudés
Mes pas se perdent dans les orées
Et je cherche mon cheminement solitaire
Avant d’atteindre l’unique promontoire
Je jette un regard sur mon monde
Et le fleuve qui partage ma cité
Me dit : Continue ta navigation poète de l’ombre… !

De loin le tamtam décide de relever le défi
La rumeur n’est qu’un cumul de sons
Une musique d’une lyre monocorde
Qui des fois baisse le volume de sa fréquence
Et des fois elle s’agite dans l’air
Comme prise par un vent en délire…

Je fais sortir les images d’un bloc disparate
Et j’en fais souvent des colliers
Ou des chapelets pour les invités
Je regagne un siège abandonné
Et de là j’écris mes mémoires
Avant de fermer le coffret de mes voyages…








Cavalcades des images…

… Je ne fais que changer les positions
L’ordre initial d’un vétuste oreiller
L’ossature d’un corps fourbu
Tantôt vers l’est
Tantôt vers l’ouest…
Toutes les équations possibles
Et impossibles…
De réveiller les images des murs
Assiégées par une nuée d’araignées
Et les filets qui forment des hamacs
Où viennent se suspendre les insectes…

Et puis vint l’autre forme
De veiller les étoiles de l’infini
Quand de la croisée s’infiltre
Un rai d’une étoile
Et je me vois escalader les couloirs
Compter les marches de l’oubli
Redonner une ruade aux souvenirs
Et respirer le fond d’un lac endormi
Nul besoin des senteurs des nénuphars
Ni de la voltige des libellules
Le cadre où la glace de l’onde
Cligne de l’œil au firmament…

Je vis sous soumission des autres forces
De la quiétude d’un lieu de piété
A la canicule d’un toit orageux
Je vire constamment sur la nudité des pages
Entre le froissement des feuilles mortes
Et le mystère des vents du nord
Qui m’apportent plus de chaleur…
Je taquine dans le cœur d’une rose
Les mille secrets de l’éclosion
Dans la couleur pourpre des visages
Je souris à la joie des prunelles…

Ni oreiller en déséquilibre
Ni corps en ultime élévation
Je suis ainsi en balancement
Dans la rumeur silencieuse de l’inspiration
Où je puise la cavalcade du verbe…









De la rosée... des fleurs... 
à Ginette du QUEBEC 

... Graduelle ascension astrale 
Il est là suivant les levers du jour 
Narguant toutes les pesanteurs 
Et quand la main du ciel s'entrouvre 
Tantôt entre le brouillard qui s'évapore 
Tantôt avec une kyrielle de mots imagés 
Et ses plus anciennes errances ... ! 

Vois-tu, je ne fais que vivre ailleurs ... ! 
Il paraît que je fais partie des rêves 
Longeant mille rives souveraines 
Lançant mes appels au-delà des frontières 
Et je me laisse emporter par la brise marine 
Nouant les verts espaces aux mers ouvertes 
Et quand ma vétuste barque prend le large 
Une profonde voix intercepte ma navigation 
Voulant s'embarquer à la suite de mes sillages 
Et me conter les péripéties de la lune nuptiale 

De la rosée des vierges fleurs je peins 
Une fresque qui reste toujours inachevée 

Quand la soif atteint mes yeux 
Une autre main m'invite pour le voyage 
Et je décide de lever l'ultime ancre 
Brisant l'instabilité de mes fréquents isolements 
Et avec une nouvelle plume qui vit de fluidité 
C'est une autre page qui s'annonce ... à l'horizon 








Juste un mot 

... Elle s'en va de ses pas réguliers 
Le corps droit, la tête haute 
Elle s'éloigne... 

Comme s'éloignent mes souvenirs 
La chevelure cuivrée dans le vent 
L'image d'un arôme qui quitte un corps 
D'une feuille qui se détache d'un arbre 
D'un nuage poussé par la brise 
Et d'un cœur qui recouvre sa liberté 
Elle s'est emparée d'une feuille 
D'une écriture effilée 
Elle m'a laissé son testament 
Juste un mot 
Adieu...! 

Elle est partie la tête haute 
Vers un autre lever 
Vers un autre horizon 
Moi, je suis toujours là...! 

Moi, je suis ailleurs...! 
Déchiré entre l'appeler 
La serrer entre les bras 
L'embrasser pour la dernière fois 
Ou la laisser suivre une autre destinée 
Ma voix n'a plus de voix 
Ma voix vient de perdre sa voie 
Elle continue son lent cheminement 
Ses pas enveloppent un corps aérien 
Ses pas sont toujours réguliers 
Digne, elle emporte sa grande fierté 
La tête toujours haute... 

Je regagne mon coin le plus isolé 
Sur mon tronc d'arbre esseulé 
Je tatoue son unique mot : Adieu...! 

Je n'ai plus de regret 
Je la regarde s'éloigner 
Elle s'éteint derrière l'écran 
Comme s'éteint la dernière étoile... 

Je demeure avec son ombre 
J'étreins son corps absent 
Telle est ma destinée 
L'oiseau apprivoisé depuis longtemps 
Quitte sa cage dorée 
Et avant de s'envoler 
Chuchote à mes oreilles 
Le même refrain : Adieu...! 

Je n'aime plus ce mot 
Je dois le remplacer 
Sculpter un autre : Ravi...! 









Gel... et dégel

…Et je continue le jeu
Déplacé sur un autre échiquier
La tour ressemble à celle de Pise
Et les autres pions fuient
L’ultime partie du jour… !

Je m’accorde une trêve
En cherchant l’éloignement de la scène
Et les personnages jouent un rôle
Qui semble loin de l’éclat réel
Tout s’écarte de la ligne
Pour dévier sur un autre plateau…
Jeux de mimes en solo
Ou des duos
Moi d’un côté
Et de l’autre mon reflet 
Triste image qui s’échappe
Dès le lever du jour…

J’écris d’une main aveugle
Quelques lignes éparses
Avec des courbes d’étoile filante
Et des oscillations des vagues de l’océan
Des couleurs, je puise celles des fleurs
Celles en pleines éclosions
Cueillies des arbres caducs
Et de celles qui ornent les champs de blé

J’irrigue un vase séculaire
Où se recueille une plante solitaire
Offerte par une visiteuse de la nuit
Venue d’une autre frontière
Pour vivre quelques heures
Avant de disparaître avec l’aube
En emportant avec elle ses pensées… !

Je n’ai plus la foi
De recouvrir les vannes du cœur
Le sang n’abonde plus
Mes veines vivent du même débit
Entre le flux de l’été
Et le gel constant de mon… hiver







Aux couleurs de l'Inde 
à Fabienne Desjardins
SHANTI

… Je m’oublie derrière la chevauchée de la plume…
k.loubay

…Souffle étrange mousson les mille nostalgies
Hymne de la prolifique floraison des saisons
Au lever du jour je m’embarque de nouveau
Navigant au delà des frontières inexplorées
Toi, tu peins tes rêves sur la toile du ciel
Inde dans l’éblouissant froufrou des saris… !

Fallait-il que je reste sur le quai solitaire !
Assis à l’ombre d’un centenaire olivier
Brisant les visions de mes vagues errances
Il me semble revivre comme par le passé
Et je m’éloigne de ma rive ensoleillée
Nouant mes images aux ailes d’oiseaux migrateurs
Et nous planons librement hors du temps… !

Dis, nymphe qui chante la symphonie des aurores 
Entre nos mondes séparés vivent des peuples
Soumis à la lecture de toutes les destinées
Je m’en vais, les pensées émergées s’élèvent
A l’orée des allées fleuries, aux pieds des océans…
Recueillir la rosée des prunelles des fleurs
Déverser de nos plumes le nectar des liqueurs
Il est loin, il est proche le lever de l’ancre
N’entends-tu pas le mouvement des avirons
Sillonnant les mers profondes aux mille… couleurs

© Kacem loubay
Jeudi 15 Avril 2004
Khénifra - Maroc
Loubay_k@yahoo.fr
Le poète de l’autre rive 


http://metamorphause.free.fr/kacem_loubay.html

http://coeurromantique.free.fr/poemeskacem.htm

 

 

 


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