Autodétention
On confisque mes récents rêves
Mes anciennes visions
Mes diverses revues
Mes écrits périmés
On m'incarcère quelque part
Derrière les remparts du silence
On me harcèle
Je vis dans la strangulation des efforts
Mon gosier sec réclame l'eau tarie
Mes cordes vocales désarticulées
Malgré tout, mes yeux conservent
Le déluge des années de plomb
J'ai en face de moi.
Le même décor, les mêmes acteurs
Une barrière invisible de fer barbelé
Ma prison est à ciel ouvert
L'espace de mes mouvements obstrué
Les oiseaux refusent de s'y installer
Mon lit est un banc de marbre
Mon éclairage :
Une simple lucarne grillagée
Où la lumière du jour
Refuse de pénétrer.
Mes mains qui épousent le rachitisme
Vivent dans l'inertie de tout mouvement
Quant à mon corps encombrant
Une charpente osseuse, flasque
Titube tout le temps.
C'est un lourd tribut des temps modernes
Testament de vulnérabilité
Quand le cauchemar s'éternise
Qu'on vit derrière des barreaux vitrés
Quand les cerbères sont omniprésents
Et fouillent les débris de mémoire
Je décide de laver le cerveau
De réduire les jours de ma détention
De détruire mon cercueil ambulant.
Je me réveille en sueur
Ma demeure est toujours ma demeure. !
Mes écrits clignent des yeux
Mes mains enfin libérées
Traduisent la dimension de l `aération. des jours
Auprès du lac
Le lac m'envoûte de ses belles prunelles
Souriant je sombre dans sa profonde solitude
Les gigantesques cèdres m'envahissent de leurs ailes
Je m'écrie davantage sous ma béatitude
Je lave mes yeux de la laideur de la ville
Je purifie l'âme de la moiteur du chagrin
Je pénètre ce nouveau monde au règne tranquille
Ecoutant au fil des heures les mille refrains
Je ne suis pas le seul qui cherche l'évasion
Mille êtres sont là éperdus d'émerveillements
Je parle à la paisible et riante région
Où la nuit je suis la lune au firmament
Une adorable nymphe aux cheveux couleur d'ébène
Me parle derrière le silence de sa beauté
Pour une fois je perds l'angoisse de mes peines
En priant pour celle qui m'illumine de clarté
L'été pour fuir mes longues et pénibles insomnies
Je m'adosse à quelque arbre auprès d'une source
Les heures glissent fascinées par les mille harmonies
Et dans l'eau ouverte je suis la lune et sa course
Je médite encouragé par les chants d'oiseaux
Je vogue ainsi libéré des chaînes maudites
je chante tout seul, oscille comme un roseau
Guéri je retourne à la cité qui s'inquiète...
A une sirène
à R.M.Mottier
Ma lyre délaissée s'est plainte
A une lune nostalgique
Que les cordes oisives de l'aube
Je vois la tristesse émerger
S'emparer des yeux du firmament
Chaque étoile pleure sa solitude éternelle
Et la nuit voyage dans la nuit
Et la nuit sombre dans la nuit
Ma nuit raccourcie vit dans son écrin
Et je n'entends que des sanglots
Qu'attisent les cendres des feux intérieurs
Traverser le toit fébrile de ma demeure
Ô âme errante redescends sur terre...!
Reviens habiter le reste de mon corps
... Et ma rive lointaine s'oublie
A la lente cadence des jours disparus
Et les rameurs silencieux
Avancent dans le lac de mes yeux
Les avirons frôlent l'onde endormie
Et emportent très loin tous les échos...
Tu vois, j'abandonne mon vieux promontoire
Ecrase une fois de plus ma longue fierté
Nulle force ne peut me retenir à cette hauteur
Et je retourne à notre ancien rivage
Où j'ai quitté une plume rebelle
Une petite sirène sillonne l'univers des océans
Et ne donne plus signe de vie...
Dans ma solitude retrouvée
Nulle femme ne peut prétendre
Me rendre de nouveau heureux...
Et j'essaie au passage d'une étoile filante
De revivre mes derniers revirements
Ta légère main tisse encore des rêves
Où tes mots ne font qu'épouser mes mots
Et bras dessus, bras dessous
Nous survolons nos deux frontières
Les ailes déployées dans l'espace de nos écrits
Pour revivre dans l'intimité de nos...appels
Espace de la nuit
… De mon promontoire je vis
Et je note le défilement des pages
Je souris aux lèvres souriantes
Et je lis la joie dans les prunelles
La chaleur du cœur est transparente
Comme une vitre ouverte sur le printemps
Et j’écris de la douceur de la main
Sur mon carnet de voyage
Combien est cristalline cette eau
Qui descend des cimes de l’âme… !
J’oublie les cris du soir
Quand tout s’endort
Et que le firmament m’ouvre sa voie
Où les étoiles jouent avec la lune
Dans le lac ébloui par la sérénité
Je ne fais qu’écouter les battements
De chaque étendue d’eau pétillante
De chaque goutte pailletée de lumière
Et je me laisse emporter
Par les rires du vent
Qui dessinent avec les arbres
Mille toiles sur la face de l’eau… !
Je deviens un autre
Nulle solitude n’a de prise
Sur les ailes de la pensée
Je vis l’ivresse de la nature
Et je me vois un autre
Qui valse avec les chants des étoiles
Et embrasse l’espace de l’espoir étoilé…
... Et tout continue
à Cécile Verhaever
Tu sais, j'ai une myriade de muses
Elles sont présentes dans mon esprit
Lorsqu'une d'elle s'égare de ma nuit
Une autre est en état de veille
Et de l'ensemencement des années
Je ne cueille que quelques fleurs sauvages
Le reste vit encore dans des vases fermés
Que j'irrigue de mes larmes salées
En attendant des fois qu'elles soient libérées
Je suis et reste dans l'état de liberté provisoire
Et mes aveux ne font qu'accentuer mon isolement
Mon amitié est un arbre multiforme ignoré
Qui existe au carrefour des allées et venues
Sur un axe limité des horizons sciés
Des montagnes qui surplombent un cratère
Où végètent les habitants de ma sombre cité
De l'indifférence de tous les murs bariolés
Je rejoins le plus souvent un essaim d'hirondelles
Qui s'en vont à la conquête d'un autre soleil
Et nous nous envolons tous dans les cieux
Et sans regret je bas de mes ailes renouvelées
Pour m'éloigner de ces profondeurs à tout jamais...
Je hisse souvent le voile de ma barque solitaire
Et je m'engage dans de nouvelles aventures
Dresse pour le lointain séjour d'autres repères
Je prends le large pour une longue croisière
Dans l'espoir de tout oublier...
Dame nature, amie inséparable de mes changements
M'ouvre les bras, se confesse, et j'écris
Mon souffle perturbé ne fait que délirer
Et de la page où ma plume se déchaîne
L'encre noire du tumulte jonche les lignes
Tatouent à vif mes différentes pulsions
J'oublie et je m'oublie dans mes profonds cris
Un fois mon océan houleux retrouve son calme
Je m'allonge les yeux ouverts, l'âme est ailleurs
Quelque part sur l'autre rive ensoleillée
D'autres muses continuent mon éternelle complainte
Deux rives séparées pourtant très rapprochées
Il suffit de lancer nos rimes pour faire... une passerelle
Juste un écart ...
à A. Syrine
... J'édulcore mon rêve changeant
Et je le mets souvent en veilleuse
De la table nue de mon chevet
Je lacère une feuille griffonnée
Et libère une autre page vierge
La vie est un continuel fleuve
Où s'embarquent toutes les destinées
Les uns suivent le courant agité
D'autres essaient d'accoster
J'oublie la rage des tumultes
Je purifie de nouveau mes prunelles
Dans la divine rosée des rosiers
Hier ma légère barque échouait
Aujourd'hui je change de monture
Et je me laisse dévier
Je suis sous l'envoûtement d'oiseaux
Qui s'en vont en file en exode
L'appel leur parvient de loin
Et l'écho colporté par les vents marins
Vient murmurer à mes oreilles
Je ne fais qu'éteindre mille flammes
Et je me dis : Un seul cierge suffit... !
Pour éclairer l'étroit chemin
Qui mène à une demeure désolée
Des fois, poussé par un fou désir
Je scrute la page du firmament
A mes yeux les étoiles semblent danser
Avec de blancs nuages de passage
Au fond de moi tout se clarifie
Et les fibres nostalgiques d'un coeur
Et une âme au bord de la dérive
Je tends des mains encore givrées
Tâtonne sur les parois lisses du temps
Et une porte cochère s'entrouvre
Pour permettre à mon regard de voyager
Plus de plaintes...; : Je suis guéri... !
Je suis l'ancien parchemin tracé
La - haut, quelque part dans le grand cosmos
Ou au - delà de cette terre que je foule
Mon ombre courbée retrouve une lueur
Mon corps langoureux un autre tonus...
... Je sais que personne ne m'attend... !
Que mon toit vit d'orphelinat
Telle est la courbe plongeante de mon sort
J'accepte le verdict de l'oracle... !
Il paraît, comme on dit ; je suis né
Par une nuit d'éclipse inattendue
Il paraît encore ; l'orage passée
Une étoile filante s'est écrasée
Dans l'encre en fusion du fleuve
Depuis lors je porte le rêve en bandoulière
Je le trimballe partout dans mes voyages
Et au lieu de se présenter de face
Il demeure accroché à l'ubac de la falaise
Ainsi je ne cesse de peindre l'errance
Les mille mouvements embryonnaires
Sous la symphonie des chants du... crépuscule
La puissance des mots...
... Et je reste toujours sous l'effet de mes mots libérés...
... Je change souvent de montures
Celles de mes verres de lunettes
Et l'autre : la plus fertile
Ma plume, ma compagne des jours... !
Je purifie de nouveau les yeux
Enlève l'opacité de la cataracte
Pour permettre à ma floue vision
Un autre espace ouvert
Et un horizon à l'état virginal
Dans le lac de la vie
Soumis à tous les changements
A tous les décors mouvants
A toutes les peintures des saisons
Le lac sublime des évasions
Me donne la possibilité de l'errance...
Comme ces plantes aux profondes racines
Qui s'en vont chercher de nouvelles sèves
Dans le coeur de la terre ancestrale...
J'ai vécu dans toutes les hibernations
Mes pensées vivaient dans le silence
Et je les laissais dans les silos de l'enfance
Ou ce sont-elles qui me délassaient
Je ne sais plus... !
Pour moi chaque jour est un voyage
Chaque instant une gestation
Que j'essaie d'enfanter loin des regards
Je refuse le baptême des monuments
L'inauguration des sites oubliés
Et je reste en équilibriste
Entre le délire du passé
Et ce présent, Ô combien aléatoire... !
Mes amis il est difficile de lire
D'intercepter les trames des messages
De changer les modules de la musique
Et la fréquence des battements de l'âme
Je suis qui ?
Et puis je ne sais plus... !
Une simple étoile filante
Echappée du règne du firmament
Qui passe au dessus des têtes
Une boule de feu qui dévale l'espace
Sous le regard apeuré des autres étoiles
Et qui finit par s'éteindre
Dans les bras de l'éternité... !
Amis des autres rives inexplorables
Je change souvent de position
Je change parfois de cap
Je suis un apatride de l'écriture
Qui vit dans différentes dimensions
Je vis de plus en plus de l'inassouvissement
Pour accéder à l'inachèvement des toiles
Quoique mes sombres pensées
Surgissent du tunnel de la mémoire
Donnent un terne éclat au feu de l'âtre
Pour finir dans la froide nuit des cendres
Grisâtre, noirceur des teintes déteintes
Des notes griffonnées d'un laps séjour
Sur cette espèce de galère : ma vie... !
Chacun de vous exprime ses voyages
Dénoue les lacets de ses mots
Pour laisser d'autres empreintes
En peignant l'axe du temps de ses visions
Je subis l'avalanche des souvenirs
Glane les uns après les semences
Les autres à la saison des récoltes
Et dans un coin reculé de mon monde
J'essaie de remettre les pieds sur terre
Et à la lueur d'un papillon de nuit
Je laisse à l'encre fluide de mes pensées
La force de voler au temps le temps
Et sur la page volante de l'espace
Captée lors de son détachement de l'arbre
Comme elle me ressemble dans sa descente
Nous scellons dans l'intimité notre rencontre
Elle comme substrat d'une toile de fond
Et moi comme un simple... voyageur de passage
Le poète
Il est là, il est ailleurs...
Adossé aux vestiges du temps
Gardien de tous les patrimoines
Il serpente les flancs des montagnes
Garde la falaise contre l'oubli
Contre l'érosion de la mémoire
Il prend sa source dans ses pensées
Accompagne la brise dans sa course
S'infiltre comme une ombre
En traduisant ses errances...
Des fois il vit en solitaire
Un ascète qui essaie de s'oublier
Des fois il est parmi les autres
Perdu dans l'anonymat des méditations...
Il est une silhouette en filigrane
Un arbre qui pousse partout
Une eau qui ne tarit jamais
Il est le silencieux, le rêveur...
Il n'a pas d'attache fixe
Il est libre de circuler comme le vent
De franchir toutes les frontières
D'atteindre toutes les dimensions
Il n'a pas besoin de visa...
Il peut crier, vivre, créer son monde
A la mesure de ses ailes mouvantes
Il chevauche sa fertile plume
Croise le fer à la fluidité de l'encre
Il peint les horizons les plus lointains
Les mers les plus profondes
Les lacs inconnus des explorateurs...
On ne peut lui mettre de bâillon
Ni lacérer le parchemin de ses visions
Ni lui enchaîner les mains et les pieds
Ni le réduire au silence...
Il est la révolte personnifiée
Il est là, il est ailleurs : lui l'inconnu... !
Il fait naître les notes colorées
Les musiques sacrées des transes
Il donne aux arbres dénudés les feuilles
Aux rosiers fanés les arômes
Au désert le mouvement des dunes
Aux palmeraies la quiétude de l'espace
Il fait avancer et reculer le temps
Ramer sans rame à contre courant
Fait chanter les oiseaux muets
Fait étinceler les eaux stagnantes
Si on se penchait sur lui... ?
On découvrirait un autre être
Quelqu'un qui vivait d'incompréhension
Quelqu'un qui vivait dans l'âme des autres...
Il est là, il est ailleurs, il est partout...
Il est le solitaire, il est le rêveur...
Il est le peintre de l'ombre
Qui ne fait que peindre ses sentiments
De la diversité de ses mille... évasions
Sans date ni lieu ni titre
Plus dur dans le chaos
Dans la tourmente
Un nom vite échauffé
Un nom très vite effacé
De l'ardoise céleste
Ainsi tout devient
Un drame pour des choses vite ignorées
Pour des jours vite écoulés
Pour des gestes vite sombrés
Pour la paix de l'esprit
Pour le retour vers les sources
Pour le cri pluriel qui sort des lèvres ferrées
J'ai juré d'Etre
Avant d' ê.t.r.e.
J'ai juré de parler
Avant la p.a.r.o.l.e.
Car ma langue ...
Qui casse les blocs de pierre
Dans la carrière sombre de la faim
Dans la carrière du temps de la révolte
Dans le temps des mots ré - inventés
Dans le cahier d'écolier ré - examiné
Dans le travail déshonorant
Dans la fuite quotidienne
Dans les peintures rêvées
Dans mes rêves dévalués
Dans mes pulsions anesthésiées
Cette langue esclave des temps les plus lointains
Cette langue ré - ouverte
Re - découverte
Se brise l.a.m.e.n.t.a.b.l.e.m.e.n.t.
Sur une miche de pain noir
Gagnée à la sueur de mes mains de forçat
De mes mains migratrices
Dans l'univers de l’OUTRE - MER
Au - delà du Détroit
Du bleu de l'Océan
Sur une mer si profonde
Si cruelle
Si rebelle
Si galérien
Dans le ventre froid de la terre
Où je deviens une taupe humaine
Si noire
Si répugnante
Si déshumanisante
Au gré de nos plumes
à NISSOIS « Lecouret »
…Je ne fais que caresser les mots
Jouer avec la sculpture de l’alphabet
Toute lettre a son propre charme
Et elle s’emboîte souvent aux autres
C’est la loi de toute langue…
Je ne peux voir la brise
Ni la toucher de mes mains nues
Mais je peux la voir autrement
Quand elle fait danser les champs de blé
Ou quand elle écrit ses vers
En faisant bercer la page de l’eau
Je vis sous la séduction d’une nymphe
Lorsqu’elle me chuchote : Je suis à toi
Suis-moi au bord de l’étang où le silence règne
Sillonne avec moi le mystère des bosquets
Là où les amoureux frissonnent de passions
En se confiant le fond d’un cœur enflammé…
Je refoule des fois le désir des jours
Car pour moi la nuit est une alliée
Elle est mon unique messagère
A qui je conte le passage de mes muses
Quand une page vierge me sourit
Je m’oublie dans la texture des visions
J’esquisse sous le charme du verbe
Le parchemin de toutes les aurores
Et je joins des fois le chant du crépuscule
Une touche d’encre argentée
Enrobée d’un voile aux contours vermeilles…
Et tout crisse comme sur les feuilles mortes
Aux pieds des arbres dénudés
Mes pas se perdent dans les orées
Et je cherche mon cheminement solitaire
Avant d’atteindre l’unique promontoire
Je jette un regard sur mon monde
Et le fleuve qui partage ma cité
Me dit : Continue ta navigation poète de l’ombre… !
De loin le tamtam décide de relever le défi
La rumeur n’est qu’un cumul de sons
Une musique d’une lyre monocorde
Qui des fois baisse le volume de sa fréquence
Et des fois elle s’agite dans l’air
Comme prise par un vent en délire…
Je fais sortir les images d’un bloc disparate
Et j’en fais souvent des colliers
Ou des chapelets pour les invités
Je regagne un siège abandonné
Et de là j’écris mes mémoires
Avant de fermer le coffret de mes voyages…
Cavalcades des images…
… Je ne fais que changer les positions
L’ordre initial d’un vétuste oreiller
L’ossature d’un corps fourbu
Tantôt vers l’est
Tantôt vers l’ouest…
Toutes les équations possibles
Et impossibles…
De réveiller les images des murs
Assiégées par une nuée d’araignées
Et les filets qui forment des hamacs
Où viennent se suspendre les insectes…
Et puis vint l’autre forme
De veiller les étoiles de l’infini
Quand de la croisée s’infiltre
Un rai d’une étoile
Et je me vois escalader les couloirs
Compter les marches de l’oubli
Redonner une ruade aux souvenirs
Et respirer le fond d’un lac endormi
Nul besoin des senteurs des nénuphars
Ni de la voltige des libellules
Le cadre où la glace de l’onde
Cligne de l’œil au firmament…
Je vis sous soumission des autres forces
De la quiétude d’un lieu de piété
A la canicule d’un toit orageux
Je vire constamment sur la nudité des pages
Entre le froissement des feuilles mortes
Et le mystère des vents du nord
Qui m’apportent plus de chaleur…
Je taquine dans le cœur d’une rose
Les mille secrets de l’éclosion
Dans la couleur pourpre des visages
Je souris à la joie des prunelles…
Ni oreiller en déséquilibre
Ni corps en ultime élévation
Je suis ainsi en balancement
Dans la rumeur silencieuse de l’inspiration
Où je puise la cavalcade du verbe…
De la rosée... des fleurs...
à Ginette du QUEBEC
... Graduelle ascension astrale
Il est là suivant les levers du jour
Narguant toutes les pesanteurs
Et quand la main du ciel s'entrouvre
Tantôt entre le brouillard qui s'évapore
Tantôt avec une kyrielle de mots imagés
Et ses plus anciennes errances ... !
Vois-tu, je ne fais que vivre ailleurs ... !
Il paraît que je fais partie des rêves
Longeant mille rives souveraines
Lançant mes appels au-delà des frontières
Et je me laisse emporter par la brise marine
Nouant les verts espaces aux mers ouvertes
Et quand ma vétuste barque prend le large
Une profonde voix intercepte ma navigation
Voulant s'embarquer à la suite de mes sillages
Et me conter les péripéties de la lune nuptiale
De la rosée des vierges fleurs je peins
Une fresque qui reste toujours inachevée
Quand la soif atteint mes yeux
Une autre main m'invite pour le voyage
Et je décide de lever l'ultime ancre
Brisant l'instabilité de mes fréquents isolements
Et avec une nouvelle plume qui vit de fluidité
C'est une autre page qui s'annonce ... à l'horizon
Juste un mot
... Elle s'en va de ses pas réguliers
Le corps droit, la tête haute
Elle s'éloigne...
Comme s'éloignent mes souvenirs
La chevelure cuivrée dans le vent
L'image d'un arôme qui quitte un corps
D'une feuille qui se détache d'un arbre
D'un nuage poussé par la brise
Et d'un cœur qui recouvre sa liberté
Elle s'est emparée d'une feuille
D'une écriture effilée
Elle m'a laissé son testament
Juste un mot
Adieu...!
Elle est partie la tête haute
Vers un autre lever
Vers un autre horizon
Moi, je suis toujours là...!
Moi, je suis ailleurs...!
Déchiré entre l'appeler
La serrer entre les bras
L'embrasser pour la dernière fois
Ou la laisser suivre une autre destinée
Ma voix n'a plus de voix
Ma voix vient de perdre sa voie
Elle continue son lent cheminement
Ses pas enveloppent un corps aérien
Ses pas sont toujours réguliers
Digne, elle emporte sa grande fierté
La tête toujours haute...
Je regagne mon coin le plus isolé
Sur mon tronc d'arbre esseulé
Je tatoue son unique mot : Adieu...!
Je n'ai plus de regret
Je la regarde s'éloigner
Elle s'éteint derrière l'écran
Comme s'éteint la dernière étoile...
Je demeure avec son ombre
J'étreins son corps absent
Telle est ma destinée
L'oiseau apprivoisé depuis longtemps
Quitte sa cage dorée
Et avant de s'envoler
Chuchote à mes oreilles
Le même refrain : Adieu...!
Je n'aime plus ce mot
Je dois le remplacer
Sculpter un autre : Ravi...!
Gel... et dégel
…Et je continue le jeu
Déplacé sur un autre échiquier
La tour ressemble à celle de Pise
Et les autres pions fuient
L’ultime partie du jour… !
Je m’accorde une trêve
En cherchant l’éloignement de la scène
Et les personnages jouent un rôle
Qui semble loin de l’éclat réel
Tout s’écarte de la ligne
Pour dévier sur un autre plateau…
Jeux de mimes en solo
Ou des duos
Moi d’un côté
Et de l’autre mon reflet
Triste image qui s’échappe
Dès le lever du jour…
J’écris d’une main aveugle
Quelques lignes éparses
Avec des courbes d’étoile filante
Et des oscillations des vagues de l’océan
Des couleurs, je puise celles des fleurs
Celles en pleines éclosions
Cueillies des arbres caducs
Et de celles qui ornent les champs de blé
J’irrigue un vase séculaire
Où se recueille une plante solitaire
Offerte par une visiteuse de la nuit
Venue d’une autre frontière
Pour vivre quelques heures
Avant de disparaître avec l’aube
En emportant avec elle ses pensées… !
Je n’ai plus la foi
De recouvrir les vannes du cœur
Le sang n’abonde plus
Mes veines vivent du même débit
Entre le flux de l’été
Et le gel constant de mon… hiver
Aux couleurs de l'Inde
à Fabienne Desjardins
SHANTI
… Je m’oublie derrière la chevauchée de la plume…
k.loubay
…Souffle étrange mousson les mille nostalgies
Hymne de la prolifique floraison des saisons
Au lever du jour je m’embarque de nouveau
Navigant au delà des frontières inexplorées
Toi, tu peins tes rêves sur la toile du ciel
Inde dans l’éblouissant froufrou des saris… !
Fallait-il que je reste sur le quai solitaire !
Assis à l’ombre d’un centenaire olivier
Brisant les visions de mes vagues errances
Il me semble revivre comme par le passé
Et je m’éloigne de ma rive ensoleillée
Nouant mes images aux ailes d’oiseaux migrateurs
Et nous planons librement hors du temps… !
Dis, nymphe qui chante la symphonie des aurores
Entre nos mondes séparés vivent des peuples
Soumis à la lecture de toutes les destinées
Je m’en vais, les pensées émergées s’élèvent
A l’orée des allées fleuries, aux pieds des océans…
Recueillir la rosée des prunelles des fleurs
Déverser de nos plumes le nectar des liqueurs
Il est loin, il est proche le lever de l’ancre
N’entends-tu pas le mouvement des avirons
Sillonnant les mers profondes aux mille… couleurs
© Kacem loubay
Jeudi 15 Avril 2004
Khénifra - Maroc
Loubay_k@yahoo.fr
Le poète de l’autre rive
http://metamorphause.free.fr/kacem_loubay.html
http://coeurromantique.free.fr/poemeskacem.htm
Compteur général :