MARCEK vers LA FONTAINE ...

 



Chut ...

 

 

 

 

L'avocette


Passant par là,
Une avocette
Lui fit un jour tourner la tête !

A qui ?

Mais au mâle vainqueur
Bien sûr !
Attiré par ses courbes fines
Par le jabot de sa poitrine
Il ne se tint plus de ferveur
L'aborda,
Lui offrit son cour
Gagea qu'elle était innocente
Et lui fit une cour pressante.

L'avocette se rengorgea
Mais se garda de lui montrer
Combien elle était attirée !

Ainsi procèdent les coquettes.
Pour innocente qu'elle était,
Notre avocette comprenait
Qu'on ne se rend pas tout de suite
Aux compliments
De ses galants,
Qu'il faut une cour honorable
A toute relation durable !

Le galant eut  à se languir
Et aussi à bien se tenir
« On n'est pas une poule d'eau
Monsieur ! »
Dit-elle le prenant de haut !

Et plongeant son bec effilé
Dans l'eau , d'un air décidé
Elle fit mine d'ignorer
Les approches de ce benêt.

L'ardeur du benêt
En grandit
De jour en jour !
A la mairie
Il rêvait d'amener sa belle
A laquelle il resta fidèle
Rêvant déjà des doux ébats
Auxquels il la pressait tout bas.

Enfin dans une eau peu profonde
Un jour de printemps langoureux
Ils refirent à deux le monde
Livrés à leurs jeux amoureux

Il n'y eut plus qu'à faire le nid
A deux
Sur la rive bénie
Où la rencontre avait eu lieu
Aux berges du printemps radieux !

Moralité :

Sachez, mes belles demoiselles
Défendre vos tendres joyaux
Pour que votre amant soit fidèle
Tenez-lui donc le bec dans l'eau !




 

 

 

 

 

HARO SUR LE MOUTON !


Il fut dit , un beau jour, que le mouton sentait .
Quelqu'un, brutalement, dit même qu'il puait !
Tonnerre et éclairs tombèrent sur la tête
De ce doux innocent, de cette tendre bête.
Quoi, bêla le mouton, se peut-il que je sente
Alors que tout le jour, au long des prés en pente
Je pais l'herbe fleurie et parsemée de thym
Qui parfume mon nez dès le petit matin ?
Le vent de la montagne et la pluie, par moments
Aèrent ma toison, lavent mes vêtements
De laine douce et drue par l'homme convoitée
Lui, qui me tond bien ras dès que survient l'été.
Le mouton, atterré voit son honneur flétri
Mais il ne suffit pas que de lui on sourie
Voici que son ami, son très cher compagnon
Propage le couplet, serine la chanson
Et dénigre, et se moque et massacre l'ami
Qu'il adorait hier et enterre aujourd'hui !
L'âne, car c'était lui, enfin se réjouit
De n'être plus le seul dont on se gausse et rit.
Il lui vient un orgueil qu'il ne soupçonnait pas,
Habitué qu'il est aux corvées et au bât.
Cet orgueil s'affermit aux malheurs du mouton
Et il aurait plaisir à donner du bâton
A ce pauvre animal qu'ici on vilipende
Et va jusqu'à souhaiter, en secret qu'on le pende !
Ainsi sont les aigris :dès qu'ils sont maltraités
(On a tant dit haro, aussi sur le baudet !)
Qu'il s'esbaudit,( le jour où il n'est plus victime)
Des malheurs de celui que l'on charge de crimes.
Il glose tant et plus sur le pauvre mouton,
Et sans prendre ciseaux, le dépouille et le tond !
Par ses propos moqueurs, il vous le met si bas
Que notre doux ovin songe alors au trépas.
Ainsi s'acharne hélas la vile populace 
Flétrissant l'innocent qui lui demande grâce
Car il ne comprend pas pourquoi un vent soudain
Vient saccager sa vie et briser son destin

Moralité

Les hommes sont parfois frères d'Aliboron
Chargeant les innocents à grands coups de bâton,
L'opprimé de jadis devenant le bourreau
Qui envoie ses amis derrière les barreaux !
S'il faut juste un peu d'eau pour que germe la graine
Il faut beaucoup d'amour pour éteindre la haine

 

 



Le coq repenti

La grosse poule, obstinément
Sur le sol cherchait sa pitance
Seul le coq, fier comme Artaban
Claironnait avec arrogance :

« C'est bien assez pour vous, ma chère,
D'user votre bec à trouver
Sur le sol, vers et piètre chère
Moi, je ne peux m'y résigner

Mon plumage se ternira
A remuer de la poussière
Mais votre tournure grossière
Quant à vous, n'en souffrira pas !

Ainsi, la futile volaille
(Disait le maître fanfaron)
Passe sa vie vaille que vaille
Alors que je sonne clairon

Au lever de l'astre du jour
Venu, en ses plus beaux atours
Honorer de rayons superbes
Notre bel enclos, et la ferme. »

Mais il advint qu'un beau matin
Tomba malade la fermière
Personne n'apporta le grain
Pendant quatre journées entières

Pour la poule ce fut un jeu
De trouver au sol sa pitance
Mais qu'advint -il en l'occurrence
De notre coq si vaniteux ?

Il fut obligé de salir
Dans la fange son beau plumage
Car il risquait fort de périr
Sans nourriture dans sa cage !

Dès lors il se mit à l'ouvrage
Bien que son orgueil en pâtît
Et depuis, dans le voisinage
On vante le coq repenti !

Ainsi le fat fait repentance
Lorsque nécessité fait loi
Et l'humilité , quelquefois
Vous sert mieux que la suffisance

 



Le paon amoureux

Un paon épanoui, franc et de beau lignage,
Parure du grand parc attenant au château,
Vit passer, certain jour qu'il lissait son plumage
(Ocellé de beaux yeux comme autant de joyaux)
Plus jolie que les fleurs d'un matin de printemps
Une tendre faisane à la mine pimpante
A la gorge dodue et au pas nonchalant
Qui lui fit un clin d'œil des plus émoustillants...

N'étant jamais sorti au-delà des frontières
Du parc majestueux où il naquit un jour,
Notre godelureau accosta sans manière
La faisane jolie pour lui parler d'amour.
Il fit la grande roue et poussa un cri rauque 
Qui résonna très loin au profond des sous-bois
Mais la belle rouée fit celle qui s'en moque
Et détourna les yeux, le laissant aux abois!

Il n'avait en effet, jamais encore vu
Ces êtres délurés qui tiennent à merci
Un ardent amoureux, en jouant les vertus,
Qui le trouble, l'amuse et puis le remercient!
Il n'avait fréquenté que poulaille commune
Enfermée au logis, qui caquète et qui pond,
Et, souvent esseulé, il parlait à la lune
D'une tendre âme sœur, en rêvant de jupons...

Il est vrai que la belle avait tout pour lui plaire
Et la patte légère et le jabot renflé:
Rien qui l'apparentât aux humbles ménagères,
Filles de basse-cour, qu'ils avait fréquentées.
Une dinde, autrefois, lui avait plu, pourtant.
Mais le dindon, jaloux, avait la belle en main
D'un méchant coup de bec, il chassa le galant
Qui prit garde de le croiser le lendemain!

Fort de cette expérience, il observa les bois
D'où venait de surgir l'avenante friponne
Afin de déceler si un mâle sournois
N'était point aux aguets, mais... l'affaire a l'air bonne.
Il ne voit qu'un renard regagnant son logis
Un écureuil peureux qui remonte à son chêne
Et peut donc s'approcher, heureux, épanoui, 
Du si charmant objet , puisque rien ne les gêne.

La belle, cependant, sent son cœur s'émouvoir
Car, aussi beau qu'il soit, le plus beau des faisans
Reste penaud et laid, regardant son miroir
Quand surgit, rayonnant en majesté, le paon!
Du genre Tragopan ou du genre Koklass
Ithagines d'Asie ou fiers Lophophorus
Les faisans, quels qu'ils soient, n'auront jamais la classe
Des paons, auprès desquels ils sont de vrais minus!

La faisane le sait et veut faire conquête
De ce fier Artaban plus beau que le soleil.
Elle tape du pied, elle hausse sa crête
Caquète doucement pour le mettre en éveil.
Notre paon ébloui, en perd un peu la tête
Comme tous les nigauds qui courent le jupon
Il oublie la prudence et il veut faire fête
A cet aimable objet aux attraits si fripons!
Voilà nos amoureux en ardent tête-à-tête
Le paon y perd des plumes et la belle, un jupon
Mais aucun ne se plaint: aucun détail n'arrête
Le beau couple d'amants en leur copulation

Mais soudain, du sous-bois, surgit, tel un lion
Dressé sur ses ergots, enflant sa caroncule
Le mâle Phasianus(qui se nommait Léon!)
Et devant qui, le paon, effrayé se recule.
Mais las, il est trop tard, et le jaloux, furieux,
Se jetant à sa tête en criant de dépit
D'un violent coup d'ergot lui lacère les yeux
Puis repart dans les bois avec sa tendre amie...

O, ciel! Épargne -moi! Abaisse-donc ton glaive
O toi, le dieu des paons et venge mon honneur
Qu'ai-je donc fait de mal, pour voir briser mon rêve
Et perdre, de mes yeux, les aimables lueurs?
Mais le ciel est muet et notre paon aveugle
S'en va, désespéré, tâtonnant, trébuchant
Et soudain, un grand cri (comme un taureau qui meugle)
Sort de sa pauvre gorge en un chant déchirant:
LEON! LEON! LEON! LEON! LEON! LEON!






Valentin BEAU-MINET

Beau-minet soupirait, regardant au-dehors !
Ce beau chat gris fumé et aux prunelles d'or,
Chat des Chartreux ,discret et tendre compagnon
D'un Poète inspiré, trouvait avec raison

Que sa vie s'écoulait avec monotonie,
Tout seul avec son maître, et toujours au logis!
Il se sentait fringant et jeune, et plein d'ardeur,
Mais, hélas, pouvait-on rencontrer l'âme sœur

Quand on est empêché, par un maître prudent,
De sortir, de flâner, d'aller tâter le vent?
Oh, pour être gâté, il l'était, sûrement:
Il ne manquait de rien!Son maître, prévenant,

Lui offrait chaque jour de nouvelles délices
Des soucoupes de lait, parfois une saucisse...
Quand il avait mangé, il allait se coucher
Au profond du divan, et, repu, s'endormait.

Il entendait son maître écrire , près de lui.
Le Poète inspiré veillait tard, dans la nuit,
Et, quand l'inspiration se faisait paresseuse
Il caressait son chat d'une main langoureuse.

Le chat clignait des yeux, offrait un doux ronron
Et le Poète, heureux, trouvait l'inspiration.
Les jours coulaient ainsi, et le chat s'ennuyait,
Mais il n'osait se plaindre, et il se résignait

A rester vieux garçon, à vivre solitaire
Une vie ordonnée et sans aucun mystère!
Mais un jour, quand le maître eut quitté le logis
Notre chat s'étonna (et fut même ébaubi!)

De voir que la croisée donnant sur le jardin
Était restée ouverte au soleil du matin.
Beau-minet, tout heureux, profita de l'aubaine
Sauta sur le gazon, courut à perdre haleine

Se cacher dans la haie qui longeait la maison.
Tenaillé par la peur, parcouru de frissons,
Il sursautait aux bruits, frémissait aux odeurs,
N'ayant jamais goûté aux joies de l'extérieur!

Un oiseau étourdi près de lui vint chanter:
Beau-minet en eut peur, n'ayant jamais traqué
Ni souris, ni oiseau dans sa vie si tranquille.
C'était un chat frileux, un bourgeois de la ville!

Enfin il repartit en marchant lentement
A pattes de velours et toujours très prudent.
Mais soudain, que vit-il au détour de la haie?
Une belle princesse au joli petit nez

Qui dirigeait vers lui un regard langoureux,
Et notre Beau-minet tomba raide amoureux!
La minette chérie se nommait Chattounette
Et, vous l'avez compris, c'était une coquette.

A petits coups de queue elle l'affriola
Et à jolis ronrons elle vous l'embobina.
Le matou, éperdu, devinait la tigresse
Qui se cachait, ma foi, sous ces airs de tendresse,

Mais tombé amoureux, il ne s'en soucia pas,
Attiré qu'il était par ses tendres appâts.
Ainsi, tant d'amoureux aveuglés par leur flamme
Sont prêts, pour consommer, à galvauder leur âme!

De mimiques jolies en doux roucoulements
La belle séduisit notre chat imprudent
Un dernier regard fou lui porta l'estocade,
Il consentit, soumis, à la folle escapade.

Oubliés, la douceur des coussins du divan,
Les plats qui ravissaient ses appétits gourmands,
Les douceurs alanguies de la main du Poète,
Tout cela , tout à coup, lui sortit de la tête.

Une porte claqua, là-bas, dans le lointain
Et un cri retentit:"Mon Beau-minet, reviens!"
Mais il était trop tard, vous l'avez deviné
Beau-minet s'enfuyait, l'Amour avait gagné!

Vous dire où les amants osèrent leurs ardeurs,
Où leurs cris délirants altérèrent l'humeur
De braves gens rassis et peu accoutumés
A ouïr en plein jour des cris de volupté,

Tel n'est pas mon propos, mais sachez seulement
Qu'ils connurent tous deux des plaisirs fulgurants.
Après ces beaux ébats, lorsqu'ils se pourléchèrent
Le galant décida d'adopter sa bergère,

D'aller la présenter sans plus atermoyer
A son maître chéri, le Poète inspiré.
Celui-ci, tristement penché à la fenêtre
Regardait au ciel gris les étoiles paraître

Et son cœur était lourd, d'avoir perdu son chat,
Et son inspiration le fuyait à grands pas .
On avait justement commandé, ce matin,
A sa plume fleurie, pour la SAINT-VALENTIN

Un poème d'amour, qu'il se devait d'écrire
Mais il ne pouvait pas: il n'avait rien à dire,
Son adorable chat l'avait abandonné!
Saurez-vous la douleur d'un poète esseulé?

Soudain, quand tout là-haut la belle Séléné
En ses voiles légers exposait sa beauté,
Il aperçut au loin les ombres découpées
De deux charmants félins qui semblaient avancer

Comme gens amoureux rentrant de promenade
Et le cœur du poète en battit la chamade.
Bien sûr, c'était son chat! Non, il ne rêvait pas!
Mais qui venait vers lui, encore, à petits pas?

Ah, comme il sonna clair le rire du Poète
Qui, d'un seul bond, sauta soudain par la fenêtre
Tomba dans le gazon et serra dans ses bras
Les amoureux, saisis, qui n'en revenaient pas!

Il avait tout compris, le Poète au cœur tendre,
Et il les fit entrer , leur servit sans attendre
Et soucoupes de lait, et tranches de gigot
Et croquettes de foie goûteuses, à gogo.

Et le chat Beau-minet regardant la mâtine
Qui l'avait débauché (oh, de façon divine!)
Décida à jamais d'être son Valentin.
Ainsi, furent scellés leur vie et leurs destins!

Et le poète, alors, me direz-vous encore?
Lui? Il est amoureux, bien sûr, de Terpsichore!


Moralité :

De l'amour, il ne faut jamais désespérer,
Tel se croit condamné à la vie solitaire
Voici que Cupidon, de son carquois doré
Tire et lui lance au cœur sa flèche meurtrière !



Le dindon de la farce

« Quoi, qu'avez-vous donc dit ? » s'offusquait la faisane
Répondant vertement au fastueux dindon
Qui derrière le dos de la brave paysanne
Venue leur apporter la provende à foison

Essayait, mais en vain de lutiner la poule
En lui offrant son cour niché sous un jabot
Arrogant, orgueilleux qu'il montrait à la foule
Des poules assemblées et qui le trouvaient beau.

Seule, notre futée le voyait ridicule
Enflé de vanité autant qu'un coq, ma foi,
Et même le violet foncé des caroncules
Du vaniteux dindon, provoquait son effroi !

« Fi donc, monsieur, rétorquait la mignonne
Aux propos licencieux du butor emplumé,
Je n'ai pas la pudeur ni l'âme d'une nonne
Mais vos gestes grossiers, votre voix enrhumée

Altèrent mes ardeurs ( si tant est que j'en eus)
Sachez que pour aimer, il faut de la tendresse
Vous êtes un soudard : ah, n'y revenez plus ! »
Et la poule parvint avec délicatesse

A échapper enfin au dindon glougloutant
Dont la sombre livrée faisait piètre figure
En ses plumes de deuil d'un noir désespérant
A côté d'un pourpoint rebrodé de dorures !

(Mais quel est ce pourpoint dont vous nous parlez-là ?)
Imaginez un peu que cette pimprenelle
Vivant au poulailler et ne s'y plaisant pas
Lorgnant le coin du bois d'une triste prunelle

Aperçut un matin, un vrai prince charmant :
Un faisan, en effet, mâle des plus superbes
Voyant au poulailler s'étioler doucement
La faisane jolie, s'aventura sur l'herbe

Tout près de cet enclos où l'humble créature
Subissait les assauts du vieux libidineux.
« Ah, faisane chérie, sur ma tête, je jure
De t'arracher un jour à ce destin honteux ! »

Parle ainsi le galant et faisane se pâme
Et nos deux amoureux tous les deux enflammés
Accordent leurs pensées et enlacent leurs âmes,
Leurs destins s'épousant, se liant à jamais .

Tout beau, mes tourtereaux !Avez-vous donc pensé
Qu'un haut grillage épais empêche tout passage
Le faisan est hardi, mais ne pourra voler
Pour aller délivrer son bel amour en cage.

Traînant sa longue queue, il revient vers le bois
Laissant au désespoir sa charmante promise
Qui le cour chaviré et l'esprit en émoi,
Penche, dans sa prison, une tête soumise.

Comme on l'a déjà vu, elle repousse encor
Et refuse l'assaut du dindon opiniâtre.
Le dindon en pâtit, et pense dès alors
Qu'il ne pourra fléchir cette poule acariâtre.

Mais, voici peu à peu que la fière faisane
Semble accorder enfin un certain intérêt
Au dindon vaniteux, qui dès lors se pavane
Fait la roue, fait le beau, comme un benêt qu'il est !

Il se dit in petto « Voici que la mignonne
Va tomber dans mes rets : je dois être prudent
Et ne pas la brusquer. La fille qui se donne
Attend de la douceur de la part de l'amant. »

On voit que le dindon avait fort réfléchi
Et que les camouflets essuyés tant de fois
De la part de la poule avaient porté leurs fruits :
Elle l'avait vaincu, le mettant aux abois !

La rouée, cependant, mène bien ses affaires
Et songeant à l'amour qui l'attend dans les bois
Titille le dindon , qui près d'elle s'affaire
Lui fait quelques clins d'œil, enfin dicte sa loi !

« Mon ami, je me rends à votre amour sincère,
Car j'ai vu vos élans et votre désespoir,
Mais de grâce, fuyons cette gent poulaillère
Car ce n'est pas ici que vous pourrez m'avoir. »

Le dindon, éperdu, consent à toute chose
Et dès le soir venu, quand arrive le grain
S'enfuyant prestement avec la belle, il ose
Quitter le poulailler et courir les chemins !

La lune monte aux cieux, éclairant l'hyménée
De tendres amoureux savourant leur bonheur,
Tandis qu'au fond des bois, le loup vient d'entraîner
Un dindon imprudent perdu par sa candeur.

MORALITE :

« Une femme amoureuse est capable de tout ! »
Car le dindon eut beau crier « Au loup ! Au loup ! »
La faisane comblée resta sourde à ses cris,
La farce fut jouée au profit d'un loup gris !



Le raton aventureux

Un étourdi de rat, fol
Et sans expérience
Voulut quitter un jour
Le logis trop étroit
Malgré les bons conseils
Mêlés de remontrances
De sa mère affolée
Et qui lui dit :

« Je crois, mon pauvre enfant que vous ne savez guère
Les dangers du dehors ! Dans la rue, c'est la guerre
Qui vous guette, et peut-être la mort !
Notre jeune blanc-bec se rit des arguments
Avancés par la pauvre mère et répond d'un ton sec :
« Oui, ma mère, j'ai hâte de connaître la vie ,
Et je suis fatigué
De ronger à longueur d'année
Les brimborions
Que vous nous amenez
Adieu, je quitte ma prison ! »


De ces propos ingrats
La mère se désole
Ainsi que de la déraison
Qui bouillonne en notre raton !
Rien n'y fait, menace ou prière
Voici Raton qui sort de la tanière !


Or, il était un chat, madré et moustachu
Qui veillait au coin de la rue.
C'était chat de bonnes manières
Patelin et rusé à souhait
Et qui du coin de l'œil guettait
Parfois durant des jours entiers
Tout rat ou souris du quartier.


Raton s'avance, fier-à-bras
Vers le chat qui sourit déjà
Et en trois coups vous l'embobine
Et vous le porte à ses babines
L'affaire fut vite réglée
Et le repas fort apprécié !


Moralité :

Ne quittez la clan familial
Avant que d'êtres mûrs et sages
Et méfiez -vous du beau langage
De ceux qui savent vous flatter
Pour mieux vous embobeliner !
Pour affronter la vie
Il faut, c'est bien normal
Se munir de quelques bagages.




Renard et sa Momotte

Une marmotte fort amène
Vivait dans un joli terrier
Mais se trouvait trop esseulée
Et cherchait quelqu'un qui l'amène
Vagabonder loin du logis
Pour enfin connaître la vie!
La voici montrant au corbeau
Ses avantages les plus beaux
Mais celui-ci tourne la tête
(Maître corbeau est vraiment bête!)
Momotte alors tente sa chance
Et va faire la révérence
A maître coq, cet orgueilleux
Qui la toise d'un air furieux:
"Que faites-vous dans mon royaume
Vous, une bête de terrier.
Déguerpissez sans plus tarder!"
La marmotte se désespère:
"N'y aura-t-il sur cette Terre
Un seul être pour m'amener
Voir du pays, me promener."
Arrive alors du fond des bois
Une pauvre bête aux abois
Que poursuivaient quelques chasseurs
Et qui, haletante de peur
Implore la belle marmotte:
« Vite, vite, chère Momotte
Prenez-moi dans votre terrier
Où je vais être assassiné ! »
C'est un cas de force majeure
Et n'écoutant que son bon cœur
Momotte prend en son terrier...
Renard, son ennemi juré!
On lui a pourtant dit, naguère
Que le renard faisait la guerre
Aux marmottes et les mangeait
A-t-elle compris le danger?
Renard pourtant, a l'air bien tendre
Et bientôt, il lui fait comprendre
Que si elle veut se marier
Lui, est tout prêt à convoler!
Il est fou de reconnaissance
Elle le croit, lui fait confiance.
Et c'est depuis cette journée
Où sa Momotte l'a sauvé
D'une mort sans doute très sûre
Ou alors d'horribles blessures
Que Renard est amoureux fou
De sa Momotte, son bijou!
Mariage contre nature?
Mais non, n'en soyez pas si sûrs!
Il est des êtres qui s'amendent
Quand leur dulcinée le commande.
L'amour abolit les frontières
Et rapproche bien des tanières...





N'en déplaise à Perrault

La pauvre Cendrillon, auprès du feu, rêvait :
Trouverait-elle un jour, chaussure pour son pied ?
Qui viendrait la chercher dans cette humble cuisine
Où venait néanmoins le chat de la voisine,
Un chat gras et finaud, caressant et charmeur,
Aux bottes bien lustrées et aux grands yeux rêveurs...
Eh, oui, le Chat Botté logeait tout auprès d'elle,
Et il aimait, bien sûr, la douce demoiselle
Qui du soir au matin demeurait au logis,
Travaillant pour ses sœurs, et sa marâtre, aussi !
Pas de beaux escarpins pour cette tendre enfant,
Ni même de souliers ni de beaux vêtements.
Assise au coin du feu et remuant les cendres,
Elle était toujours sale, il fallait s'y attendre !
Dans ses petits sabots, il y avait de la paille,
Et son fichu de laine avait perdu ses mailles,
Mais le Chat l'adorait, et aurait tout donné
Pour, un jour, en un prince charmant se changer !
La fée, heureusement, en marraine astucieuse
Veillait sur Cendrillon, cette enfant consciencieuse,
Et voulait son bonheur, et comme on la comprend :
Elle aimait Cendrillon comme on aime un enfant.
Un beau soir, le matou ayant quitté ses bottes
Se blottit près du feu, se cacha sous la hotte,
Tandis que Cendrillon vaquait à son ménage
Et qu'au dehors, le ciel annonçait un orage...
Bientôt, les éléments, furieux, se déchaînèrent.
La pluie, le vent, la grêle et surtout le tonnerre
Ébranlaient la maison, faisaient battre les portes,
Mais qu'avait donc le vent à mugir de la sorte ?
Cendrillon, effrayée, appela son ami
Qui dans l'âtre bien chaud, paraissait endormi.
Un coup de vent subit éteignit la chandelle
Et un énorme éclair pourfendit tout le ciel...
Lors, la foudre tomba dedans la cheminée
Où le Chat assoupi fut soudain réveillé,
Et, la sentant émue, vint vite caresser
Les chevilles et les pieds de sa belle adorée.
Celle-ci mit sa main sur le poil de la bête,
Mais en place du Chat, elle vit une tête
Qui frôlait ses genoux, et poussant un grand cri
Se sauva dans un coin, lorsqu'elle vit surgir
Le plus beau damoiseau que la terre eût porté,
Se tenant à genoux, ici-même, à ses pieds !
Un pourpoint de velours parait élégamment
Le jeune homme éperdu, au regard adorant.
Cendrillon eut un doute en voyant les moustaches,
Mais elle comprit tout, en contemplant les taches
Qui parsemaient les yeux de son bel amoureux
Et reconnut son chat : c'étaient les mêmes yeux !
Puis, quand il ronronna à son cou, tendrement
Elle put savourer le doux enchantement.
La Marraine, elle aussi ravie, riait beaucoup
En voyant la jolie dans les bras du matou.
Elle savait pourtant qu'elle y vivrait heureuse :
De loin, elle bénit l'amoureux, l'amoureuse...






Le chameau

Le chameau est parti loin de la caravane 
Il avance, têtu autant que l'est un âne 
Et le soleil blanchit, tout là-haut ,dans les nues. 
Chameau, dis-moi, dis-moi donc, où vas-tu ? 

Je suis animal fier, mais d'allure grossière 
Mon maître m'a roué des coups de sa lanière 
Et je pars découvrir de nouveaux horizons, 
Échappant à l'insulte et aux coups de bâton. 

Chameau, dis-moi, où vas -tu donc ? 

Le long de l'oued boueux je vais rouler ma bosse. 
Et mon rythme puissant et ma patte véloce 
Vont m'entraîner bien loin, vers une palmeraie 
Où le maître violent ne me battra jamais ! 

La nuit, je veux rêver sous l'arbre des étoiles 
Au ciel, un magicien ouvre une grande voile 
Et je voudrais partir un soir dans les nuées 
Loin du maître cruel qui voulait me tuer . 

O courageux chameau, dis-moi, où t'en vas-tu ? 
Le soleil cuit ta peau en descendant des nues : 
Tu aurais, au troupeau, l'eau fraîche et la pitance, 
Pourquoi te lances -tu en cette longue errance ? 

La liberté, vois-tu est le plus cher des biens 
Je ne veux plus souffrir, j'abandonne mes liens 
Et du soir au matin je roulerai ma bosse, 
Cherchant le paradis , sur mes pattes véloces !

 

 

© Marcek    Ecrire à l'auteur : marcek@wanadoo.fr


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