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Sainte
Geneviève
Comme
elle avait gardé les moutons à Nanterre,
On la mit à garder un bien autre troupeau,
La plus énorme horde où le loup et l’agneau
Aient jamais confondu leur commune misère.
Et comme elle veillait tous les soirs solitaire
Dans la cour de la ferme ou sur le bord de l’eau,
Du pied du même saule et du même bouleau
Elle veille aujourd’hui sur ce monstre de pierre.
Et quand le soir viendra qui fermera le jour,
C’est elle la caduque et l’antique bergère,
Qui, ramassant Paris et tout son alentour,
Conduira d’un pas ferme et d’une main légère
Pour la dernière fois dans la dernière cour
Le troupeau le plus vaste à la droite du père.
L'espérance
La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance.
La foi, ça ne m'étonne pas, ça n'est pas étonnant.
J'éclate tellement dans ma création.
Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne.
Ça c'est étonnant, que ces pauvres enfants voient comment tout ça se passe
et qu'ils croient que demain ça ira mieux, qu'ils voient comment ça se passe aujourd'hui et qu'ils croient que ça ira
mieux demain matin.
Ça c'est étonnant et c'est bien la plus grande merveille de notre grâce.
Et j'en suis étonné moi-même.
Il faut, en effet, que ma grâce soit d'une force incroyable, et qu'elle coule d'une source et comme un fleuve inépuisable.
La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs, et on ne prend seulement pas garde à elle. Sur le chemin du salut, sur le
chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux
sœurs, la petite espérance s'avance.
C'est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la foi ne voit que ce qui est,
Et elle, elle voit ce qui sera.
La charité n'aime que ce qui est,
Et elle, elle voit ce qui sera.
La foi voit ce qui est dans le temps et l'éternité.
L'espérance voit ce qui sera dans le temps et l'éternité.
Pour ainsi dire dans le futur de l'éternité même.
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Il y a 133 ans : Naissance à Orléans de Charles Péguy (1873-1914).Charles Péguy naît à Orléans le 7 janvier 1873 dans un milieu modeste,
ascendance dont il se sentira toujours fier. Son père meurt avant qu'il ait atteint l'âge d'un an. Il est élevé par sa mère et sa grand-mère, toutes
deux rempailleuses de chaises. Excellent élève, il suit ses études successivement au lycée Lakanal de Sceaux, à Louis-le-Grand et à
Sainte-Barbe. En 1894, il est reçu à l'École Normale Supérieure. Il y reçoit
notamment les cours du philosophe Henri Bergson qui influencera son oeuvre. Échouant à l'agrégation de philosophie, il abandonne ses études
universitaires, et se consacre à l'écriture et à la défense d'un idéal socialiste. En 1896, il écrit en collaboration avec son ami Marcel
Baudoin, "Jeanne d'Arc", un drame en trois tableaux. Marcel Baudoin décède peu de
temps après et Charles épouse alors civilement sa soeur Charlotte dont il aura quatre enfants. Il crée en 1898 la librairie socialiste Georges Bellais
et fonde en 1900 "Les Cahiers de la Quinzaine" qui publieront durant une quinzaine d'années et jusqu'à sa mort ses principaux ouvrages ainsi que de
nombreux écrivains dont Romain Rolland, Anatole France, Tolstoï, André Suarès. Dreyfusard tout comme Jaurès, il s'éloigne cependant de ce dernier à
qui il reproche son anticléricalisme et c'est vers 1908 qu'il retrouve, peu à peu, la foi de son enfance. A partir de 1911, suite à la seconde crise
marocaine, il se tourne plus résolument vers le nationalisme. Son ouvre oscille entre méditations religieuses, poèmes et pamphlets : "Notre Patrie"
(1905), "Victor-Marie, comte Hugo" (1910), "Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc" (1910), "l'Argent" et "Les Tapisseries de
Notre-Dame" (1913). Engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale, ce fils du peuple
devenu lieutenant, chrétien et patriote passionné, meurt à la tête de sa compagnie, à quarante et un ans, le 5 septembre 1914 lors de la Bataille de
la Marne, atteint d'une balle en plein front.
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