La ballerine
Une jeune souris fut d'abord petit rat
Un petit rat parmi le corps de l'opéra
L'opéra où l'on chante, l'opéra où l'on danse
L'opéra où il faut connaître la cadence
Afin de parvenir à faire les entrechats
Et marcher sur le sol comme sur du verglas
Quand ses petits petons se tenaient sur leur pointes
Et que, les bras en l'air, elle gardait les mains jointes
On eut dit un poisson tenant droit sur sa queue
Qui frétillait sur l'eau de la mer toute bleue.
Quand au petit tutu qui ceignait sa ceinture
Il sursautait léger au rythme de l'allure
Imposé par la danse en de pareils instants
Quand la musique joue, guide les mouvements.
Ce petit rat devint, un beau jour une étoile
Qui jusqu'au firmament s'envola dans son voile
Pour veiller aux souris devenant petits rats
Dans un corps de ballet, celui de l'opéra.
Les déserts sont chauds quand les pôles sont froids
Mais ils ressemblent à quoi ?
Ils sont tels des bigots qui demeurent très froids
Contrairement à quoi ?
A des lapins très chauds pourvus d'un grand sang-froid
Mais qui leur sert à quoi ?
A se tirer d'affaires en gardant leur sang-froid
Dites-moi donc pourquoi ?
Quand un mari survient et veut les rendre froids
Par manque de sang-froid.
Tu ne te plains jamais, pourtant tu désespères
Voyant que tu n’as plus ta fraîcheur de vingt ans,
Est-ce un mal si grand ? Sans doute tu espères
Qu’une fée jaillira du fond des océans
Pour venir effacer les outrages du temps
Et te donner ainsi un tout nouveau visage.
Tu peux selon ton gré attendre fort longtemps
Car croire en une fée c’est croire en un mirage.
Supposer qu’en raison des rides que tu portes
Mon sentiment pour toi sera diminué
Imaginer cela, autant fermer les portes
Afin de mettre un terme à notre amour passé
Alors cesse ce jeu et oublie le miroir
Si tu veux te mirer regarde dans mon cœur,
Tu y découvriras qu’il abrite l’espoir
De vivre auprès de toi un merveilleux bonheur.
Extrait de "L’âge d’or" - © 2006 - Jack Harris
Sortez de votre silence
Le monde est fou, brutal, cruel
Et trop de voix restent muettes,
Comme un refrain sempiternel
La peur de vifs coups de baguettes
Semble enfermer les consciences
Dans un carcan par trop pesant
Or c'est le poids des influences
Qui nous égare en cet instant.
Secouons-nous pour soulever
Je joug brutal qui nous étreint
Nul n'a le droit de nous brimer
Car face au mal qui nous atteint
Nous avons pour simple devoir
De faire entendre notre voix
Pour crier notre désespoir
D'avoir à porter notre croix.
Assez de crimes et de guerre
Il est grand temps de vivre en paix
Enfants issus de cette terre
Profitons tous de ses bienfaits.
Sachons nous montrer équitables
Car si le bien-être est commun
Nous n'aurons plus de misérables
Nous ne verrons plus d'importun
Alors luttons pour la victoire
Qui fera que le genre humain
Pourra dès lors en tirer gloire
Et marcher la main dans la main.
Il faut sortir de nos silences
Si nous voulons comprendre autrui
Annihiler les différences
Changer l'ennemi en ami.
La route est longue, c'est certain,
Pourtant il faut y parvenir
Pour qu'enfin ce soir, ou demain,
La paix soit le seul devenir.
La femme battue
Je la voyais souvent, marchant sur le trottoir,
La tête rabaissée évitant mon regard,
Elle habitait pas loin, un petit pavillon
Se trouvant à deux pas, ou trois, de ma maison
Nous étions donc voisins mais sans nous fréquenter
Elle avait un enfant qui était écolier
Un jour, après avoir acheté mon journal
Je la vis brusquement tomber prise d’un mal
Je me précipitais pour lui porter secours
Et je n’eus pas besoin qu’elle fasse un discours
Pour comprendre combien grande était sa souffrance
Qu’elle supportait ma foi grâce à l’accoutumance
Le visage tuméfié la pauvre avait subi
Trop de brutalité de la part d’un mari
Egoïste et jaloux usant de violence
Voulant qu’on satisfasse à sa moindre exigence
Car ainsi certains hommes adorent se conduire
Transformant leurs épouses en de tristes martyrs
Nous avons pour devoir contre ces tortionnaires
De faire cesser leurs jeux envers leurs partenaires
Car ces hommes brutaux sont pires que des bêtes
Et ils mériteraient que sur eux se répète
Une leçon semblable à celle qu’ils font subir
A de pauvres épouses qui souffrent sans rien dire,
Qui ont leur corps meurtri tout autant que leur cœur
Elles qui espéraient connaître le bonheur.
C’est indigne d’un homme de frapper son épouse
Qu’il aille passer ses nerfs à tondre la pelouse
Car s’acharner ainsi sur un être fragile
Se veut révélateur qu’on est un imbécile,
Qu’on ne mérite pas le moindre des pardons
Mais plutôt de subir des tas d’humiliations.
Affrontement
J'ai cueilli une fleur pour l'offrir au soldat
A ce jeune gaillard dressé devant ma route,
Ce fier adolescent formé pour le combat
Et qui aurait voulu que je parte en déroute.
J'ai déposé ma fleur, cueillie pour un soldat,
Au bout de son fusil appelant à ma perte,
L'acier me menaçait d'un horrible dégât
Et je m'imaginais couvert de sang, inerte.
J'ai dit des mots de paix à ce jeune soldat
Pareil à un poteau, figé droit dans ses bottes,
Je lui ai dit : `choisis entre l'assassinat
Ou donner à l'amour la plus forte des cotes."
J'ai vu dans le regard de ce triste soldat
Apparaître des larmes, aiguail de son cour,
Il était prisonnier d'un horrible contrat
Passé avec l'armée, pour son plus grand malheur.
Les vieux
Je me prends de pitié
Pour ces couples vieillis
Que seule l'amitié
A su tenir unis.
Dans leur triste demeure
Que domine le temps
Ils regardent les heures
Qui valsent sur deux temps.
Ils sont abandonnés,
Prisonniers de leur âge
Puis, déjà, installés
Pour le dernier voyage.
Le monde les meurtrit
Insouciant de leur sort,
Mais aussi, les trahit,
Sans aucun réconfort.
De ces êtres antiques
S'exhale la lumière
D'un monde romantique
Que l'on déconsidère
Car c'est ce monde vieux
Qui fit notre bonheur,
Ce monde laborieux,
Ingénieux, créateur.
C'est lui qui instaura
Tout ce que nous savons,
C'est lui qui inventa
Ce que nous possédons
Et nous n'avons pour lui
Pas le moindre regard !...
Seulement... de l'oubli
Pour ce pauvre vieillard.
Or, ces vieux qui nous aiment
Voient notre indifférence ;
Ils en souffrent et peinent
Face à notre insouciance.
Ils n'ont de cette terre
Pour toute certitude,
Pour seule amie sincère
Que dame Solitude.
Il m'arrive, parfois, de sentir la pitié
Envelopper mon cour pour ces êtres méchants
Qui avides d'orgueil, de folle vanité,
Égoïstes, jaloux, m'inondent de tourments.
Je ne leur en veux point. Mais leur sottise est telle
Qu'ils découvrent par là leur inintelligence,
Je crois que le meilleur pour calmer la querelle
Est de vivre auprès d'eux et en toute insouciance.
Leurs colères, souvent, sont sujettes à des cris,
Leurs actes injustifiés, leurs mots diffamatoires,
Pour me défendre, moi, je n'ai que mes écrits
Mais ce moyen, pourtant, m'apporte des victoires.
Oui, vous me blasphémez, mais dites-vous qu'un jour
De cette haine immonde qui s'enfuit de vous,
Du fiel nauséabond qui remplace l'amour
Vous serez maculés, saisis par les remous.
La justice de Dieu brisera votre effort
Alors que peu à peu s'éteindra votre gloire,
Vous serez oubliés lorsque viendra la mort
Alors que mes écrits sont déjà dans l'histoire.
La fable
Une poule élevée
Chez un homme de lettres
Se mit à étudier,
Pouvant se le permettre,
Les œuvres des auteurs
Classiques et récents,
Y puisant des bonheurs
Qui semblaient évidents.
Elle passait ses jours
Dans la bibliothèque
A lire tour à tour
Et Platon, et Sénèque,
Et Voltaire, et Verlaine
Sans oublier Rousseau
Monsieur de La Fontaine
Et puis ce cher Boileau.
Elle étudia ainsi
De l’automne au printemps
Sans le moindre souci
A lire tout le temps
Et lorsque vint l’été,
La saison des vacances,
Elle fut invitée
Pour cette circonstance
A partager le sort
D’un maître généreux
Qui quitta le Tréport
Pour chercher d’autres cieux;
C’est ainsi qu’elle partit
Avec tous ses bagages
Visiter l’Australie
Au cours d’un long voyage.
C’est sur ce continent
Qu’elle découvrit un jour
Un œuf surprenant
Dont elle dut faire le tour
Elle resta pensive
Avant de s’écrier
De manière incisive :
" Eurêka, j’ai trouvé!...
J’ai démêlé l’embrouille
A propos de cet œuf
Il est à la grenouille
Qui devint comme un bœuf. "
L’autruche, dans son coin
Qui restait camouflée
Se dit : " Ça s’est malin
J’ai failli m’étouffer ".
La morale de l’histoire
C’est qu’avoir étudier
Ne veut pas dire savoir
Que l’on sache penser
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