Suzanne Walther-Siksou

 

 

 

 

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Mouvance

Aux nuages, je dis, ce jour :
Vous comblez mon cœur d'allégresse !
Venus d'un ailleurs fabuleux,
Ils envahissaient le ciel bleu,

Ils y flottaient sans turbulence,
Isolés et dans le silence,
Quand le soleil les prit pour cibles.
Soudain un courant les poussant,

Ils s'unirent en continents.
Je suivais ces métamorphoses
Quand je vis, au niveau d'un toit,
Dans un îlot, danser ma joie.

15/7/93


 

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La langue des poètes

C'est une langue fluide et riche.
Je ne mens jamais ni ne triche
Quand je l'utilise à mon tour
Pour garder les émois d'un jour.

Les synonymes y abondent,
J'en prends un ou deux à la ronde,
J'en examine leur teneur,
Leur tonalité, leur saveur.

J'aime à trouver dans des poèmes
Des mots désuets et que j'aime.
Je leur redonne droit de vie
Aussitôt que j'en ai envie.

Mes frissons, mes élans d'extase,
Se trouvent enchâssés dans des phrases
Lors mon passé reste vivant,
Transcendé mais vrai cependant.

La France a d'illustres poètes.
Je les retrouve et je les fête.
Depuis le temps des troubadours,
Leur langue a un parfum d'amour.
 

16 mai 2005


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Au bord de l'eau tranquille

Je me trouve sur une plage
Qui ne ressemble nullement
Aux rivages de l'océan
Que je fréquentais médusée
Du temps de mes jeunes années.

Une immense étendue d'eau calme
Atteint la ligne d'horizon.
J'ai marché longtemps, solitaire,
Sur des tables de roches blanches
Qui délimitent le courant.

Or si je n'en vois pas la fin,
C'est qu'en fait, je suis sur une île.
Au loin une profusion d'arbres,
Sur une chaîne de vallons,
Et, tout près de moi, l'eau tranquille.

Sur de fragiles vaguelettes,
De jeunes enfants s'aventurent,
Sans émettre le moindre bruit.
Je me souviens de hautes vagues
Qui se brisaient avec fracas.

Sur les rayons brûlants du jour,
Me revient un goût d'eau salée .
Ici, la plage aménagée
Et à l'entour ,charmant refuge,
Un bois aux multiples allées.

En y roulant à bicyclette ,
Frôlant les ormes somptueux,
Les cèdres, les sapins géants,
Les églantiers ensanglantés,
On se grise de liberté,
 

Île Bizarre, 21/7/2001


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Berceuses

Quand mon esprit veille et divague,
À l'heure où j'aspire au repos,
Je le ramène près des vagues
Où se berçaient de blancs oiseaux.

Puis, m'asseyant au lieu tranquille,
Sous un tilleul majestueux,
Éloigné des bruits de la ville,
J'évoque le temps des aïeux.

Me retrouvant au bord de l'onde,
J'admire comme un trait d'argent,
La truite qui y vagabonde,
À l'aise dans le flot changeant.

Inoubliables chants d'antan
Dont les paroles poétiques,
Me grisant quand j'étais enfant,
M'ont rendu l'âme romantique.

La demoiselle musicienne
Nous faisait écouter des fleurs
Ou bien devenant magicienne
Posait des sons sur des couleurs.

19/9/2004

 

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Indiscrétion

Il a plu. Sous un ciel nacré,
Les arbres géants se détachent.
Le poids de l'eau sur les pivoines
Les courbe toutes jusqu'au sol.
Silence et immobilité.

Sur un câble téléphonique,
Au-dessus de l'érable noir,
Que de ma fenêtre j'admire,
Deux oiseaux beiges, de belle taille,
Se bécotent amoureusement.

À coups de bec, de l'un à l'autre.
C'est un échange instantané
Qui se répète et me surprend.
Indiscrète, je les contemple.

Soudain la femelle s'envole
Lors son compagnon fait de même,
Dans son sillon évidemment.
Déçue, je reste à ma fenêtre

Et subitement, je comprends
C'est en pensant à leurs oiseaux
Que les Québécois amicaux
Ont choisi de donner des becs.

15 juin 2005


 

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Une occupation stimulante

Je dois relever un pari,
Dans le maniement de la pelle.
Un peu perplexe, je souris,
Une tâche urgente m'appelle.

Je suis retenue prisonnière,
Barricadée dans ma maison.
Dehors, en la pleine lumière,
La neige envahit la saison.

Un remblai blanc bloque ma porte.
Les escaliers sont sans accès.
On pourrait me retrouver morte,
Ma vie dépend de mon succès.

La rue est déserte, tout dort.
Je me chausse de hautes bottes
Arrive à me glisser dehors.
Rien ne frémit ni ne grelotte.

Je m'enfonce jusqu'aux genoux
Dans la masse de neige fraîche.
Je semble m'amuser beaucoup
Alors que devant moi, je bêche.

Jusqu'à la rue, par le jardin,
Grâce à ma lourde et large pelle,
Une tranchée devient chemin.
C'est le temps d'une ritournelle.

16/12/2005

 

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Le poète Bernard Lanza se repose

Je pense à un ami qui ne peut pas m'entendre.
Il ne commentera plus jamais mes propos.
Je sais qu'il eût aimé et trouvé à propos
Que je parle de lui, m'acharnant à prétendre.

Il vivait à Lyon, je ne l'ai jamais vu
Mais nous entretenions de bienfaisants échanges.
La vie nous fait parfois des surprises étranges,
Nous offre des amis touchants et imprévus.

Or tout est éphémère, les bienfaits et les torts.
La vie reprend ses dons, soudain brusque et cruelle.
La mémoire apparaît comme force réelle
Triomphant par instants des effets de la mort.

Je pense que je parle à mon ami défunt.
J'avais écrit sur lui, un récit en hommage.
Il nous fut enlevé récemment sans présage,
Respire en ses poèmes imprégnés de parfums.

2 avril 2009

 
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Une lettre en attente


Doux ami

Tu as perdu le goût de venir me surprendre.
Je n'attends plus vraiment un message de toi.
Je crois que j'en connais la cause et le pourquoi,
Je deviens chaque jour plus sereine et moins tendre.

Tu dois être à marcher sur le sable en rêvant,
Ou bien à bavarder avec une amie chère.
Tu restes peu longtemps pensif et solitaire,
Tu aimes à rencontrer des êtres émouvants.

Moi, je suis l'âme sœur, devenue virtuelle.
Nous nous sommes tout dit et nous nous répétons.
J'ai en vain essayé d'user d'un autre ton,
Lors je t'ai adressé de douces villanelles.

Je n'ai pas de chagrin, du regret seulement.
Tu es et resteras en dépit de l'absence,
Malgré le temps qui lasse et malgré ton silence,
Mon doux ami, toujours admiré pleinement.

Je regarde à nouveau ta photo agrandie,
À sa place de choix, auprès du téléphone.
Je me dis, sans y croire: il se pourrait qu'il sonne.
J'ai déjà profité de la télépathie.

8 septembre 2006


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Tableaux vivants ( haïkus)

Sur le Saint-Laurent,
L'eau en vagues hautes court,
Sublime océan.

Ormes alignés,
Même hauteur mêmes feuilles,
Chacun différent.

Sur l'or du gazon,
Frémissent les ombres vertes
Des ormes géants.

Face aux érables,
Somptueusement parés,
Je vois leurs squelettes.

Troncs, feuilles et ciel,
Cathédrale frémissante,
Un temple troublant.

Septembre 2007


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La rivière chantante

J'habille, en mots de tous les jours,
Les joies simples qui m'ensoleillent,
Le beau divin qui m'émerveille,
Et mes émois, légers ou lourds.

Une habitude distrayante
Me fait saisir l'instant qui fuit.
J'essaie de le garder en vie,
Dans une rivière chantante.

Rien ne peut s'y perdre vraiment.
Aux heures de mélancolie,
Je viens m'y pencher et j'y lis,
Souvent dans l'attendrissement.

Le courant charrie, dans l'eau claire,
Des confessions venues d'ailleurs
Et des images en couleurs
Qui triomphent de l'éphémère.

21 juin 2006


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Ce que la mode est devenue

Les courtisans, jadis, se révélaient souvent
Esclaves de la mode, à suivre éperdument.
C'était le temps des beaux atours, de l'élégance,
De la grande musique et des douces romances.

Quant aux gens du pays, selon sa condition,
Chacun se conformait aux bonnes traditions.
Il respectait les mœurs, costumes et usages,
Hérités des aïeux que l'on tenait pour sages.

Les Temps sont différents. Le vent de liberté
Permet à tout chacun de suivre à volonté
Ses goûts et ses penchants. De quelques créateurs,
Le commun des mortels se fait l'imitateur.

Et c'est la mode ! On se reluque, on se copie,
On cesse d'être soi. Peu importe ! Tant pis !
On se tutoie, on se tatoue, et l'on bafoue
L'ancienne bienséance et les affreux tabous.

Laisser-aller, vulgarité ne choquent plus,
Et pour les bien-nantis, s'offrant le superflu,
Les grands de la Couture, rivalisant de zèle,
Offrent le Ridicule comme Mode nouvelle.

13 /7/2004

 
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En ce jour de mars

Haïkus

Dessins farfelus.
Taches d'ombres et de lumière.
Soleil enjôleur.

Cortège de feuilles.
L'énorme fleur d'hibiscus
S'immole au soleil.

Debout et figées,
Somptueusement vêtues,
Dorment dix poupées.

Tout s'immobilise,
Les ombres, le bleu tendresse
Et les blancs nuages.

4 mars 2009

 

suizna@yahoo.ca

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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