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Les parfums
Je m'enivrais alors de parfums singuliers
Je sentais les souliers qu'avaient portés ses pieds
Et lors, j'imaginais ses jambes de gazelle,
Ses cuisses fuselées cachées sous la dentelle.
Quand je baisais à petits coups sa douce oreille,
Des parfums de forêt et des fraîcheurs d'oseille
Me faisaient défaillir, et je m'imaginais
Pénétrant des sentiers où personne n'allait...
Aux vagues et aux creux de l'ample chevelure
Dont elle se paraît, o sublime voilure,
Je respirais le sel des plus beaux océans
Où je m'engloutissais, corps et biens, ardemment!
Et sur sa peau de soie, je humais longuement
Les parfums interdits réservés aux amants
Arômes prononcés de plantes tubéreuses
Fragrances distillées par la joute amoureuse...
Dégustation
Je suçotais avec délice
Les bouts durcis des petits seins
Qu'elle m'offrait avec malice,
Appuyée contre les coussins
Puis je lui relevais sa robe
Jusqu'à la taille, hardiment
Sans que jamais ne se dérobe
Sa chair à mes doigts frémissants
Je mordillais les aréoles
Dont la peau gonflait doucement
C'était une sensation drôle
Je redevenais un enfant !
Je trouvais, sur sa peau de blonde
Des parfums de lait et de foin
Et je léchais sa gorge ronde
En y mettant beaucoup de soin
Le long de l'épine dorsale
Mes lèvres trouvaient des odeurs
De safran, et c'est dans un râle
Que je pourléchais les splendeurs
De sa croupe, dont la cambrure
S'offrait à mes baisers rôdeurs :
J'avais des envies de luxure,
Mes doigts se faisaient maraudeurs !
Je remontais jusqu'à sa nuque
Et y fourrais un nez ravi
De retrouver, offrande brusque,
Le poivre frais et le carvi
Puis je revenais à l'orée
De ses tourments inassouvis
J'effleurais la mousse dorée
De ma langue, jusqu'aux replis
Délicieux de ce coquillage
Qui palpitait sans retenue
Et d'un élan un peu sauvage
J'achevais de la mettre nue !
Fleurs secrètes
Les jardins d'Ispahan peuvent crouler de roses
La neige de ta chair est plus douce à mes yeux
Et sur ton front si pur où ma lèvre se pose
S'exhalent les parfums les plus délicieux.
S' y trouvent la senteur du jasmin des Açores
Et l'arôme sucré du lys voluptueux
Je m'y noie, m'y oublie, et je m'attarde encore
A cueillir sur ta peau des nectars onctueux
La violette d'avril sous la mousse abritée
N'attend plus que ma main, je la sens palpiter
Sous le feu du désir qui épand son essence.
De ton jardin secret j'aime les floraisons
J'y pénètre, ébloui, et j'y perds la raison
Et j'y cueille l'amour en mille inflorescences.
Cadences
Que j'aime épandre tes cheveux
Lumière d'or aux ondes folles,
Papillons furtifs qui me frôlent
Au cours de nos jeux amoureux
Douce forêt où je respire
Tous les parfums de Nosy Be
Lorsqu'à tes épaules courbées
J'appuie ma bouche qui soupire
L'Océan indien me chavire
A tes parterres d'orchidées
Où ta main sait si bien guider
Ma bouche qui volte et qui vire
Et je respire la fragrance
Intime de ton vétiver
Qui me met la tête à l'envers
Quand je me plie à tes cadences.
Le peignoir
Les beaux cheveux de Dorothée
En un lourd chignon remontés,
Luisaient comme châtaigne au bois,
Et savaient me mettre en émoi.
Leur sourd parfum de musc et d'ambre
Emplissait peu à peu la chambre.
Je sentais au fond de mon cour
Naître une sorte de langueur
Et un vertige me prenait
Qui, à ses genoux ,m'amenait
Tout contre la soie du peignoir.
Je fermais les yeux dans le noir
Seul le feu brisait le silence
Et nous écoutions la cadence
Intime et feutrée de la pluie
Qui rendait plus douce la nuit.
Soudain, s'écroulaient ses cheveux
Le long de ses bras délicieux..
Mes mains en recevaient l'offrande
Et la tentation était grande
De jeter le peignoir soyeux
Au bord du tapis, près du feu.
Les yeux d'Edwige
Dans le silence de la nuit,
Je l'amenais sur la terrasse.
Je sens encore l'odeur du buis
Qui venait du jardin d'en face .
La nuit était belle, sans voiles,
Et je voyais briller ses yeux
Où le ciel mettait les étoiles
Qu'on voit aux yeux des amoureux.
Je me sentais pris de vertige
A trop scruter cet univers
Dévoilé par les yeux d'Edwige
Qui mettait mes sens à l'envers
Et je respirais son haleine
Et j'en découvrais tout le miel
Dans ses baisers, o tendre peine,
Qui n'étaient que péchés véniels
Et qui n'apaisaient pas le feu
Ardent de mes lèvres soumises
Car Edwige menait le jeu.
Je tremblais aux choses permises
Espérant qu'une nuit viendrait
Où, l'amenant sur la terrasse
Dans mes yeux, elle se perdrait,
A ses yeux, je trouverais grâce !
Ses dentelles
Et sous ses dentelles candides
Que parcouraient mes mains avides
Et que je soulevais un peu
La peau de Laure était en feu.
Je défaisais impatiemment
Des agrafes et des rubans
Afin que la belle ingénue
Sous mes yeux apparaisse nue.
Mais elle prolongeait le jeu
Me regardant au fond des yeux
Où je voyais briller des flammes
Si vives qu'elles brûlaient l'âme
Et me laissaient tout pantelant.
Elle redoublait mes tourments
En promenant sous ma chemise
Des mains fraîches comme une brise
Qui stoppaient mes explorations
En exaltant mon émotion,
A tel point, qu'au bout d'un moment
J'en oubliais d'être galant
Et je déchirais ses dentelles
Et ses rubans de demoiselle
Et j'enfonçais un peu mes dents
Au creux de son ventre brûlant.
Mais Laure ne dit jamais rien
Lorsqu'elle trouvait au matin
Ses jolis dessous lacérés
Qu'elle repoussait de son pied.
L'araignée
A découvrir l'amour, je l'initiais un peu :
De ses quinze printemps j'étais respectueux,
J'avais un an de plus, et assez d'expérience
Pour ne pas brusquement blesser son innocence.
Afin de conjuguer le joli verbe aimer
Je lui donnais des cours, qu'elle semblait priser,
Où elle se montrait une élève assidue
Dont les progrès subits me laissaient éperdu !
Une active araignée, là-haut tissait sa toile
Pendant que nous pensions atteindre les étoiles,
Elle, à qui j'apprenais les degrés du plaisir
Et moi qui succombais humblement au désir.
Sous le toit du grenier, la chaleur de l'été
Faisait danser parfois, dans un rai de lumière,
Le mirage doré de ces grains de poussière
Qui donnaient aux baisers un goût d'éternité.
L'invisible baiser
A ta lèvre de miel
J'ai volé un sourire
Et j'ai bien vu , amie
Que cela te plaisait
Sur ton front de lys pur
J'ai promené mes lèvres
Et lorsque tes cheveux
Ont touché mes paupières
J'ai cru que je rêvais
Sur ton coeur , j'ai posé
Une main si légère
Qu'à travers le tissu
Où ton sein frémissait
J'ai senti , de l'Amour
L'invisible baiser...
L'heure douce
Je répondais à tes invites
Et je vivais en sybarite
Dans la sylve et le chevelu
De tes beaux jardins suspendus.
L'ambre, le musc et la civette
Hantaient les ardeurs de nos fêtes
Où, à cour et à corps perdu
Nous nous usions sans retenue !
Lorsque tes cheveux épandus
Recouvraient tes épaules nues
J'explorais ton Amazonie
J'allais jusqu'en Patagonie
Et plongeais en Terre de Feu
Où je me consumais, radieux
Au volcan de nos voluptés
Jusqu'à l'heure douce du thé.
Hiver
Il neige, il neige, et ça floconne
Sur tes cheveux, jolie friponne !
Un flocon glisse sur ta joue
Et se réfugie dans ton cou
De satin, au parfum si doux :
Je mords alors dans ta chair fraîche
Que je savoure et que je lèche.
Mais le flocon ?
Evanoui !
J'aime manger l'hiver ainsi !
Sulfureux papillons
La chambre bleue où nous aimions
Conjuguer nos émois
De moi à toi, de toi à moi,
Sulfureux papillons,
S'ouvrait sur les toits de Paris
Arrosés de lumière.
Tu montais toujours la première
Et j'en étais ravi
Car j'imaginais, frémissant,
Sous ta robe d'été
Que j'allais lentement ôter,
Les fleurs du mal de tes vingt ans.
Délicatesse
Vous m'avez prodigué des soins
Dont je vous remercie, o Laure !
J'ai souvenir de vos beaux seins
Que ma main et ma bouche implorent
Mais votre regard assassin
M'invitant à entrer en lice
Me brûle toujours ce matin,
Et me ramène à nos délices,
Et je sens monter à nouveau,
Songeant à ce regard qui flambe
Et qui incendie mon cerveau
En faisant défaillir mes jambes,
Ce désir intense et brutal
Que je maîtrisai, chère Laure,
Voulant accorder, c'est normal
Au vôtre, tout le temps d'éclore !
Liao
A tes chinoiseries je m'accordais fort bien
Quand tu me recevais, appuyée aux coussins
La cuisse repliée, l'autre à demi tendue
Et sans nulle pudeur t'exposant, pâle et nue.
Ta main nonchalamment lissait ta chevelure ,
Tes épaules brillaient, reliefs de neige pure,
Et tes yeux s'entrouvraient à peine pour me voir,
Mais ton sein frissonnait à de secrets espoirs
Alors que j'approchais, tout doux, guettant ma proie
Et que je respirais la tendre odeur de soie
Venant de tes cheveux en vagues serpentines.
Soudain, tu m'appelais tout bas en gémissant
Offrant à mes regards ton ventre frémissant
Et me tendais ta bouche experte et libertine..
Esmeralda
De ses hanches galbées, de ses beaux seins pointus
Je me souviens toujours. Allongée, belle et nue,
Le flot de ses cheveux retombant librement,
Elle était ma Vénus sous mes baisers fervents.
Je l'adorais autant qu'on adore un idole !
De son pied délicat, au galbe de l'épaule
Je posais des baisers inventifs et légers
Amenant son désir d'amour à l'apogée
Je dirai la saveur de sa peau de satin
Le feu de son plaisir, la houle de ses reins,
Mon souvenir est vif pourtant de ses caresses
Mais lorsque je revois nos ébats amoureux,
Seule me vrille encor la splendeur de ses yeux
Qui versait en mes yeux le miel de la tendresse.
Marcek
La plupart des oeuvres sont tirées de Les souvenirs
d'Octave
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